Ce billet est constitué de quatre brèves documentant la situation paradoxale dans laquelle nous sommes. Le système d’enseignement supérieur et de recherche est dans le ravin, planté par vingt ans de contre-réformes qui ont produit le décrochage économique, scientifique et technique du pays — plus personne ne le conteste. Les responsables de l’effondrement tentent de poursuivre leur route et même d’accélérer, mais partout, cela s’embourbe, sur les frais d’inscription, la loi Galileo-Baptiste, le Hcéres ou à Paris-Saclay — la pépite rayonnante. Nous qui n’appartenons pas à la sphère de la com’ et de la duplicité, mais qui avons fait le choix de dire le vrai sur le monde, n’avons d’autre choix que la lucidité pour trouver la détermination de sortir la société de cette ornière profonde.
Frais d’inscription
Malgré une opposition unanime de la communauté universitaire, le ministre Baptiste a tenu à faire paraître son décret sur la différenciation des frais d’inscription (...)
Signons et faisons signer cette pétition pour la gratuité (...)
Loi Galileo-Baptiste (...)
23 milliards d’euros d’argent public déversés sans aucun contrôle dans le secteur privé, tandis que l’Université publique subit une cure d’austérité délétère (...)
le dépeçage programmé de l’Université publique se passe d’étude d’impact.
Nous rappelons nos dix propositions sur le secteur privé : (...)
Hcéres (...)
Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) est de retour. Sa présidente, spécialiste de la fabrication du consentement aux politiques publiques par le nudge (le paternalisme libertarien), a mené une campagne de communication maligne, usant du langage des universitaires et des chercheurs pour faire baisser leur vigilance. Les premiers retours d’expérience de la vague d’évaluation en cours montrent cependant que le Hcéres est plus néfaste et bureaucratique encore qu’au moment où nous avons failli en être débarrassés. (...)
Le rapport du groupe Galileo à l’origine du projet de loi de « régulation » voit dans l’ouverture de l’Université à la prédation du privé une mesure d’équité et propose de ne retenir qu’un critère de réussite : l’employabilité. Il propose cependant d’adjoindre un critère valorisant la volatilité des savoirs, l’obsolescence programmée des formations et la caducité à court terme des certifications : l’agilité, définie comme adaptabilité permanente. (...)
Saclay
Les vingt années de contre-réformes, qui ont conduit au décrochage scientifique et technique du pays, ont été motivées par un objectif témoignant de l’inculture historique profonde des réformateurs : faire émerger dix établissements conçus sur le modèle de Harvard (capital de 57 milliards de dollars), de Stanford (41 milliards) ou de Cambridge (15 milliards). Non seulement la France n’a pas de grandes universités fondées par l’exploitation du coton, du tabac ou du chemin de fer, mais la loi Le Chapelier a entraîné en 1791 la confiscation et la liquidation de l’ensemble des biens et des rentes des universités françaises. De capital, point.
Paris-Saclay est la vitrine des réformateurs, ce succès supposé qui cache le désastre. (...)
En plus de l’austérité, Paris Saclay s’enfonce donc dans la crise. Imposer aux départements de céder le pilotage de la recherche scientifique et de l’enseignement rend l’acceptation de nouveaux statuts inenvisageable — sauf à imaginer que la bureaucratie tente de passer outre le vote défavorable de la Faculté des Sciences d’Orsay, ce qui déclencherait des recours juridiques pour des années.