Némésis, qui menaçait de mener des actions coup de poing dans les manifestations féministes du 8 mars, a finalement annoncé y renoncer. À quelles fins ce collectif « fémonationaliste » tente-t-il d’instrumentaliser les droits des femmes ? Explications.
Depuis sa création en 2019, le collectif identitaire Némésis a pour l’habitude d’infiltrer chaque année des manifestations de gauche et féministes. Ce collectif, qui avait indiqué son intention de s’imposer une nouvelle fois dans les cortèges prévus pour la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, a finalement annoncé y renoncer ce jeudi 5 mars. Quelques jours plus tôt, plusieurs syndicats et associations, parmi lesquels Attac, le Planning familial ou la CGT, avaient demandé, dans une lettre ouverte au ministère de l’Intérieur Laurent Nuñez, d’interdire Némésis dans les cortèges du 8 mars. Le collectif, qui organisera à la place son propre rassemblement, dans le 16ᵉ arrondissement de Paris, ne partage « absolument pas les revendications du mouvement féministe, notamment en matière de droit à l’avortement », précisent les organisations.
Bien qu’il se définisse lui-même comme « féministe », Némésis est avant tout présenté par l’ensemble des médias comme « fémonationaliste ». (...)
L’instrumentalisation des droits des femmes
Conceptualisé dès 2012 par Sara R. Farris, professeure de sociologie à la Goldsmiths University de Londres, le terme « fémonationalisme » est une contraction de « nationalisme féministe et fémocratique ». Soit, un terme définissant « à la fois la manière dont les partis politiques nationalistes instrumentalisent les idées féministes, mais aussi dont les fémocrates et certaines féministes se sont alliées avec des politiques nationalistes et chauvinistes, particulièrement dans le cadre de campagnes anti-islam », décrit la chercheuse. Les « fémocrates » désignent, selon elle, les tenantes d’un féminisme institutionnel.
Autrement dit, le concept de fémonationalisme est utilisé pour désigner l’instrumentalisation des droits des femmes au service de politiques racistes et anti-immigration. (...)
« Une des principales stratégies de Marine Le Pen depuis le début pour normaliser le FN, le rendre plus acceptable et mainstream, est précisément de soutenir des idées pour les droits des femmes. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’elle le fait pour stigmatiser les musulmans, l’islam et les migrants. »
C’est exactement dans cette lignée que s’inscrit le collectif Némésis, qui représente « assurément un exemple de fémonationalisme poussé à l’extrême », décrit Sara R. Farris à Basta !. (...)
« Leur fémonationaliste est à son paroxysme car elles ne prétendent même pas, à ma connaissance, se soucier des femmes musulmanes comme le font d’autres formations d’extrême droite ou les féministes libérales. En d’autres termes, elles affirment avec force qu’elles ne s’intéressent qu’aux femmes blanches françaises, qu’elles considèrent comme des victimes à sauver des hommes non blancs et non français », (...)
Des groupes aux stratégies « très agressives »
Des collectifs du même type existent en Europe, comme Women’s Safety Initiative au Royaume-Uni. Ces petits groupes de jeunes femmes d’extrême droite ont pour point commun de mener « une campagne médiatique très agressive », constate Sara R. Farris. Sans défendre elles-mêmes ouvertement un usage de la violence, les membres fondatrices de Némésis, comme sa présidente Alice Cordier, sont proches de mouvances identitaires et néofascistes impliquées dans plusieurs faits de violences, comme la Cocarde, Génération identitaire ou le GUD. Elles entretiennent également des liens avec Reconquête et le RN, parti pour lequel plusieurs membres de Némésis ont été assistantes parlementaires. (...)
N’hésitant pas à organiser des guets-apens pour agresser des militants antifascistes, comme l’a démontré L’Humanité, Némésis assume des « actions coup de poing », comme d’autres groupes nationalistes avant elles. (...)
En imposant leur narratif autour de la mort de Quentin Deranque bien au-delà de leurs médias alliés habituels, tels que ceux de la sphère Bolloré, les activistes de Némésis ont cette fois « réussi à franchir des frontières qu’elles avaient du mal à dépasser auparavant dans le champ médiatique », constate Magali Della Sudda.
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– (L’Humanité)
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Némésis, Éclats de femme… ces associations d’extrême droite dont les discours stigmatisent les étrangers n’hésitent pas à attaquer celles qui s’opposent à leurs idées. En toute « sororité ».
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Les fémonationalistes imposent leur agenda raciste
La force des mouvements féministes attire le côté obscur de la droite réactionnaire et extrême. Les violences sexuelles sont la première cause de préoccupation des citoyens et le vote des femmes devient un enjeu déterminant. L’extrême droite fait reculer les droits des femmes là où elle perce.
Les fémonationalistes, qui imposent un agenda raciste à leur discours de défense des femmes, créent volontairement un brouillage des messages, appuyé par le rouleau compresseur des médias d’extrême droite. Une stratégie nuisible aux femmes et aux féministes.