Alors que la guerre au Moyen-Orient fait rage, des groupes de défense des droits humains alertent sur le sort des prisonniers politiques en Iran, dont des milliers ont été arrêtés lors des récentes manifestations antigouvernementales. Ces détenus n’ont pas accès à des abris anti-bombe et courent un risque accru de disparition forcée et d’exécution sommaire.
(...) Dans le nord de Téhéran, les détenus de la tristement célèbre prison d’Evin ont été abandonnés à leur sort pendant les frappes aériennes et privés de nourriture depuis le début du conflit, selon des groupes de défense des droits humains.
"La situation dans la prison d’Evin a été décrite comme chaotique", indique un rapport publié dimanche par l’Iran Human Rights Society, une ONG basée à Oslo en Norvège. "Il semblerait que le personnel administratif de la prison ait fermé les portes de l’établissement et quitté les lieux".
Les prisonniers n’avaient qu’une quantité limitée de pain à manger et dans certains quartiers, notamment celui des femmes, la nourriture n’était plus distribuée du tout, assure l’ONG.
Puis, mardi, une partie du mur de la prison a été détruite par une frappe aérienne. Les familles des prisonniers se sont rassemblées à l’extérieur du complexe, mais n’ont pas pu obtenir d’informations sur d’éventuels morts ou blessés. Certains détenus ont toutefois réussi à passer des appels téléphoniques.
Prisonniers "désespérés" (...)
En plus d’accueillir des prisonniers politiques – qui sont régulièrement soumis à la torture et à des exécutions sommaires –, la prison d’Evin est également le lieu d’incarcération de ressortissants étrangers servant de monnaie d’échange au régime des mollahs. (...)
"Un sentiment de panique" généralisé
La fondation de la lauréate du prix Nobel Narges Mohammadi a confirmé, dimanche, des informations similaires et une situation de crise à la prison de Qezelhesar, au nord-ouest de Téhéran, ainsi qu’à la prison de Lakan, près de la mer Caspienne, avec des "pénuries alimentaires, la fermeture des cantines et un accès réduit aux soins médicaux".
Selon Amnesty International, qui mène actuellement une enquête sur les conditions de vie dans les geôles iraniennes, des prisonniers de tout le pays ont entendu ou ressenti le fracas des explosions à proximité de leur lieu de détention.
"D’après ce que nous comprenons, le sentiment de panique et de peur parmi les prisonniers augmente de jour en jour", affirme Nassim Papiayanni, responsable de la campagne sur l’Iran à Amnesty International.
"Ils ne savent pas ce qui va se passer ensuite : s’il y aura d’autres explosions et ce qu’ils devront faire si c’est le cas, car les prisons ne disposent pas d’abris anti-bombes".
Dans le même temps, les prisonniers "restent largement dans l’ignorance des développements militaires en cours", selon un rapport du Centre pour les droits humains en Iran.
La population iranienne a été soumise à un black-out national des communications qui a presque entièrement coupé l’accès à Internet pendant plus de 120 heures, a indiqué jeudi l’observateur en ligne, Netblocks.
Or, le manque de moyens de communication disponibles expose d’autant plus certains prisonniers à un risque de disparition, selon les défenseurs des droits humains.
La fondation Narges Mohammadi a ainsi déclaré, dimanche, qu’elle était "profondément inquiète" pour la prix Nobel actuellement détenue à la prison générale de Zanjan, dans le nord de l’Iran, ses frères et sœurs ayant perdu tout contact avec elle.
"Dans un contexte de black-out continu, des condamnations à mort peuvent être exécutées en secret, sans notification aux avocats ou aux familles des détenus", ajoute la fondation.
"L’ombre de la guerre"
De son côté, le Centre pour les droits de l’Homme en Iran estime que le contexte fait peser un risque accru de "mauvais traitements, en particulier à l’encontre des personnes détenues pour des motifs politiques [...]. "La République islamique a toujours utilisé l’ombre de la guerre et des crises pour commettre des abus dans les prisons et exercer des représailles contre les prisonniers politiques". (...)
Les prisonniers "sont confrontés à la fois à la possibilité d’attaques aériennes et de bombardements, mais aussi à une répression accrue de la part des autorités pénitentiaires", abonde Nassim Papiayanni d’Amnesty international.
"Beaucoup de ces personnes sont déjà victimes de violations des droits humains et purgent des peines de prison injustifiées, et elles sont désormais confrontées à de nouvelles violations potentielles, notamment de leur droit à la vie".