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Quel regard féministe sur la militarisation ?
#militarisation #feminisme
Article mis en ligne le 30 juin 2026
dernière modification le 25 juin 2026

Face aux discours militaristes et à la militarisation européenne, quel regard féministe ? Cette analyse met en lumière les nombreuses articulations entre les féminismes et les pacifismes, démontrant à quel point le pacifisme ouvre à une critique des inégalités et de l’exploitation.

Sommaire

  • Pacifisme et antimilitarisme
  • Féminisme et pacifisme
  • Analyses féministes de la militarisation
  • En conclusion : « résiter à la frénésie militariste »

Si la guerre faisait déjà partie des inquiétudes quotidiennes de nombreuses personnes en Belgique, notamment parmi des populations issues de l’immigration, les récents événements - guerre en Ukraine, massacres en Palestine et au Congo, intensification de la Défense européenne - ont amené cette réalité au cœur des préoccupations de bien d’autres (...)

Ainsi, des voix alternatives nous semblaient plus que bienvenues.

Nous aimerions faire entendre ces voix et rappeler l’existence des discours et mouvements pacifistes. Plus que l’absence de guerre, le pacifisme questionne les injustices et les inégalités entre pays. Dans une réflexion pour une paix durable, il met en cause toute forme de colonisation et d’exploitation.

Dans cette analyse, nous prendrons l’angle féministe et ferons un rapide tour historique des liens entre féminisme et pacifisme. Nous mettrons ensuite en lumière quelques analyses féministes de la militarisation. Ce texte se veut court et n’aborde que de manière succincte une littérature et des mouvements riches. Nous ne pouvons que vous inviter à lire les sources utilisées. Ce texte n’a pas prétention à trancher des enjeux géopolitiques, mais à diffuser un autre discours, dans une volonté de nourrir notre esprit critique. (...)

Dans son index, le Monde diplomatique définit le pacifisme comme une “doctrine d’opposition à la guerre et à la violence étatique, refusant l’emploi des armes. La sauvegarde de la paix est estimée prioritaire sur toute autre considération”. Cette remise en question de la guerre a traversé les siècles et s’observe dès l’Antiquité. Mais c’est au début des années 1800, au sein de l’espace anglo-étasunien, que celle-ci se structure en mouvements et institutions pour la paix. Durant cette longue histoire, de nombreuses raisons de refuser la guerre ont été mobilisées et les mouvements pacifistes ont été traversés par diverses idéologies. Dans un premier temps, ils ont été motivés par des idéaux religieux. Progressivement, ce sont les idées libérales qui arrivent au cœur des revendications pacifistes : le progrès et le libre échange n’ont pas intérêt à la guerre. Ce courant pacifiste porte l’emprinte de l’humanisme et de l’universalisme des Lumières. Il est aussi fortement juridique : il pose sa confiance dans le droit international et souhaite l’avènement de cours d’arbitrage (...)

Avec une telle diversité de tendances, les mouvements pacifistes ont usé au fil des époques de stratégies de mobilisation variées : recours aux cours de justice internationales, grèves, occupations de lieux, manifestations massives, etc.

La violence et les traumatismes de la première guerre mondiale ont intensifié les mouvements pacifistes tandis que la deuxième, face à la menace hitlérienne, les a essoufflés. Que pouvaient des revendications de paix face au nazisme et au fascisme ? La seconde partie du 20e siècle a vu de nombreux mouvements contre la guerre tant les conflits et massacres y ont été nombreux : mouvements contre l’arme nucléaire, en opposition aux colonisations européennes, contre la guerre du Vietnam, mouvement des Mesarvot qui refusent le service militaire en Israël, etc.

Quel que soit le lieu ou l’époque, les mouvements pacifistes ont toujours fait face à de l’hostilité et ont été accusés de naïveté, de lâcheté, de défaitisme, d’anti-patriotisme, voire de trahison et ont pu connaître de lourdes répressions. Malgré cela, ils ont continué à s’opposer à la guerre et dans certains cas, comme au Vietnam, ont contribué à l’arrêt de celle-ci. Qu’elle soit présentée comme juste, nécessaire ou inévitable, ces voix ont toujours refusé l’évidence de la guerre.

Féminisme et pacifisme

De nombreuses femmes ont participé à ces différents mouvements pacifistes : dès les débuts, féminisme et pacifisme ont entretenu des liens très forts. Les féministes pacifistes se sont souvent organisées entre elles, fuyant des mouvements où les hommes ne laissaient que peu de place à leurs analyses et regards (Cockburn : 2015). S’il existait quelques timides tentatives d’organisation avant 1914, c’est bien le contexte de la première guerre mondiale qui a lancé le féminisme pacifiste et lui a donné forme via la création d’organisations internationales [8]. La plus fameuse de ces rencontres internationales, celle de la Haye de 1915, a regroupé des centaines de féministes aux pays militairement opposés. Ces féministes ont fait le lien entre leur condition de femmes et la guerre

Cockburn porte l’hypothèse que les femmes confrontées aux guerres développent une conscience féministe puisque le militarisme et le nationalisme s’accompagnent d’une intensification du patriarcat.

Les féministes, toutes pacifistes ?

Ces mouvements pacifistes féminins ne doivent pas cacher les dissensions qu’ont existé entre les féministes. Par exemple, lors de la première guerre mondiale, nombreuses ont défendu la guerre, dans un emballement patriotique, taisant ainsi leurs revendications féministes et internationalistes considérées comme moindre face à l’intérêt national [9]. Les féministes pacifistes se sont souvent mises en porte à faux de leur propre camp. (...)

A travers les époques, ces mouvances pacifistes de femmes ont constamment articulé les thématiques de la paix et de la militarisation à d’autres sujets comme les conditions socio-économiques, les violences faites aux femmes et le nationalisme.

Analyses féministes de la militarisation

Les mouvements féministes antimilitaristes ont été à l’initiative de nombreuses théories sur le “système guerrier”. (...)

Les féministes antimilitaristes soulignent à quel point les violences faites aux femmes et le militarisme ont comme racine un même système : le patriarcat. “Koldobi Velasco soutient que le patriarcat et le militarisme partagent les mêmes valeurs (ou comme elle les appelle des contre-valeurs) : la hiérarchie ; la violence ; l’obéissance ; l’individualisme ; le dédain pour la vie, pour les êtres humains et pour l’environnement ; l’autoritarisme ; la victimisation et la minimisation des femmes ; l’uniformité ; l’homogénéité ; l’exclusion ; le contrôle [11]”.

Selon ces féministes, les rapports de genre actuels nous prédisposent à la guerre et perpétuent les conflits. Ainsi, la violence dans nos vies privées renforce la violence au niveau politique, et vice versa (...)

Pour ces féministes, le patriarcat est donc une des causes de la guerre. Mais cela ne signifie pas qu’elles effacent l’analyse d’autres causes. Au contraire, le féminisme antimilitariste va de pair avec une critique du capitalisme, de l’impérialisme, du colonialisme et du nationalisme, tous considérés comme causes des guerres. (...)

Les analyses des féministes antimilitaristes ne se limitent pas aux guerres et s’attaquent à un système plus large qui inclut celles-ci. Elles ne perçoivent pas les guerres comme des spasmes isolés, mais comme faisant partie d’un continuum d’étapes incluant le militarisme et la militarisation. Elles dénoncent tout un système guerrier et une culture de guerre qui imprègne nos institutions, notre éducation, nos divertissements. (...)

En conclusion : « résiter à la frénésie militariste [17] »

“Quand on parle de réponse militaire, qui est-ce qui est envoyé mourir en première ligne ? Ce sont les prolétaires, les paysans, les minorités ethniques, les migrants, etc. Et qui fait énormément les frais de guerre ? Ce sont les femmes” (Falquet : 2025) (...)

L’antimilitarisme défie le patriarcat, le capitalisme et le nationalisme. A nous de nous saisir de ce regard et de le mettre en mouvement.