Dans son rapport « Gold Laundering in the Amazon, Anatomy of a fraud », publié le mercredi 03 juin 2026, Greenpeace Brésil analyse les mécanismes de blanchiment de l’or illégal qui est extrait en Amazonie, particulièrement dans les territoires autochtones et dans des zones protégées. Dans un contexte mondial marqué par l’instabilité géopolitique et la hausse du prix de l’or, l’exploitation aurifère illégale continue sa progression en Amazonie. En cause : des failles réglementaires et l’absence d’un système de traçabilité fiable.
L’étude démontre que les permis d’exploitation minière dite « artisanale » (permissão de lavra garimpeira, PLG) sont devenus le principal outil de blanchiment pour l’or illégalement extrait d’Amazonie brésilienne. Ces autorisations reposent sur des déclarations de potentiel de production faites par les exploitants eux-mêmes, sans études géologiques préalables ni contrôles suffisants de l’Agence nationale des mines (ANM). Cette faiblesse permet de faire passer de l’or extrait illégalement pour de l’or légal.
Pour le démontrer, Greenpeace a analysé 187 dossiers miniers déposés dans les États du Pará, du Mato Grosso et de Rondônia, entre 2018 et mars 2026. Parmi eux, 52% étaient des permis d’exploitation dite « artisanale » (PLG) présentant des irrégularités et concentrant pourtant 97% du volume d’or déclaré, soit 25,3 tonnes d’or évaluées à environ 18,4 milliards de réaux (soit environ 3,1 milliards d’euros). Ces irrégularités sont de deux ordres : des mines fantômes, où l’absence d’activité est constatée par des données satellites et des survols, déclarent extraire des quantités importantes d’or ; des mines industrielles, où plusieurs exploitations contiguës, censées être artisanales, forment une vaste zone d’extraction.
Le rapport souligne également la responsabilité des distributeurs financiers autorisés à acheter l’or (DTVM). Pendant des années, la « présomption de bonne foi » qui prévalait dans la législation protégeait ces institutions, qui n’étaient donc pas tenues de vérifier l’origine réelle de l’or. Cette disposition a été jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême fédérale brésilienne en 2025, obligeant désormais les acheteurs à contrôler la légalité de l’or acquis. Malheureusement, cette décision ne pourra être respectée que si l’État brésilien met en place un système de traçabilité robuste, fondé sur des estimations de production issues d’études minières préalables.
Des conséquences environnementales, sanitaires et sociales en-dessous de tout radar
Les conséquences environnementales, sanitaires et sociales de ce blanchiment sont considérables : destruction des forêts, contamination des rivières au mercure, atteintes à la biodiversité et violations des droits des peuples autochtones. L’avancée de l’exploitation minière rend en effet impossible les pratiques agricoles traditionnelles et menace la sécurité alimentaire. Elle introduit également des maladies, des violences, de l’exploitation sexuelle, de la traite d’êtres humains et d’autres violations des droits. De plus, 99 000 hectares (c’est-à-dire presque 10 fois la superficie de la ville de Paris) de forêt protégée auraient été détruits par l’orpaillage illégal, alors que des études (1) révèlent des niveaux de contamination au mercure chez les populations locales qui sont alarmants, notamment chez les femmes enceintes.
Et la France dans tout ça ?
Le blanchiment de l’or en d’Amazonie concerne aussi bien le Brésil que la France, qui administre la Guyane. Si l’or extrait illégalement de Guyane passe principalement par le Suriname, où il devient « surinamais », une partie entre sur le circuit décrit au Brésil (2). L’or blanchi emprunte les mêmes circuits que l’or légal, abonde sur le marché international et, transitant par des plateformes comme la Suisse – deuxième destination d’exportation de l’or brésilien – circule sur le marché français. La France a en effet importé plus de 20 tonnes d’or de Suisse en 2025, environ un tiers de ses importations.
Au même titre que le Brésil, la France en tant que pays producteur, ainsi que tous les pays européens qui importent cet or, doivent soutenir une meilleure traçabilité de l’industrie.
Face à ce constat, Greenpeace demande :
- la mise en place urgente au Brésil d’un système robuste de traçabilité de l’or qui soit fondé sur des études géologiques obligatoires, des contrôles renforcés des permis artisanaux, et l’annulation immédiate des permis frauduleux,
- le soutien aux alternatives économiques durables pour les populations amazoniennes afin de réduire la dépendance à l’orpaillage illégal,
- la signature, par la France, de la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail, qui renforce la reconnaissance des droits et territoires des peuples autochtones.
anonyme973, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons