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Marie-Claude Saliceti
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Club de Mediapart/ ERaynaud Artiste-Auteur
Refuser le compromis, imposer le vote : la mécanique de la contrainte
#electionsMunicipales #frontRepublicain #extremedroite
Article mis en ligne le 21 mars 2026
dernière modification le 20 mars 2026

Refuser la fusion des listes, puis en appeler au « vote utile » : une stratégie qui transforme un choix politique en contrainte et interroge, au-delà du cas parisien, les pratiques démocratiques de la gauche.

Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la séquence à laquelle nous assistons dans l’élection municipale parisienne.

Le candidat du PS, avec les membres de sa liste, en position de force et parfaitement informé des risques électoraux, a choisi de ne pas emprunter la seule voie qui permettait une construction démocratique réelle : la fusion des listes après le premier tour. C’est pourtant précisément le moment prévu pour construire un élan commun en vue du second.

Autrement dit, ce camp a refusé l’espace du compromis, celui où les équilibres issus du vote peuvent se traduire en projet collectif, et où, dans un scrutin municipal, une majorité peut justement se construire autour d’un projet partagé, si la situation l’exige. Le cadre existe, avec notamment la possibilité de fusionner au-delà de 5 %. Le débat télévisé d’hier soir a montré que cette porte existait. On pouvait presque toucher du doigt ce que cela aurait pu produire, en termes d’enrichissement mutuel.

Quel gâchis. (...)

Chronologiquement, tout se joue là : le moment du compromis est écarté ; celui de la contrainte est introduit. Ce basculement n’est pas anodin. Il installe une relation hiérarchique implicite : celui qui est en position dominante décide des conditions, et ceux dont il dépend sont sommés de s’y conformer, non comme partenaires, mais comme variables d’ajustement.

C’est précisément ce type de mécanisme que décrivent les analyses des rapports de domination : une asymétrie de pouvoir transformée en norme, où le consentement n’est plus construit, mais obtenu sous contrainte. On ne demande plus à l’autre de participer à une construction commune ; on lui demande de s’aligner. (...)

La question devient alors profondément politique : peut-on prétendre lutter contre les formes de domination tout en reproduisant, sur le chemin d’accès au pouvoir, les mêmes pratiques ? Des schémas où l’asymétrie devient contrainte, où l’unité est exigée plutôt que construite ?

La gauche tente de répondre à cette question en permanence. (...)

Les principes ne sont pas un luxe. Ils sont la condition même de la cohérence politique. Et ceux qui ne les respectent pas dans leurs propres pratiques ne peuvent pas prétendre porter l’espoir d’un monde qui chercherait précisément à repenser ses rapports à la domination.