Trois jours. C’est la durée des stocks alimentaires en cas de rupture d’approvisionnement. Alors que « tout est organisé pour diminuer le nombre de ceux qui nourrissent », Pierrick Berthou, agriculteur, rappelle les possibles à l’échelle des communes.
(...) Et, ces 72 heures ne sont pas forcément en magasin et rapidement disponibles. Elles sont pour l’essentiel sur les routes, dans les camions. Trois jours et après ? Oui, et après que se passe-t-il à partir du 4e jour ? Faut-il attendre les émeutes pour réagir ? Ces questions doivent être posées. En effet, notre modèle de ravitaillement (producteurs-industriels-distributeurs) est fragile et vulnérable. Un colosse aux pieds d’argile.
Il est tout à fait raisonnable d’imaginer une catastrophe météorologique (tempête-inondation-neige…), une défaillance technologique, partielle ou totale, sur notre territoire, une attaque terroriste ou plus simplement une cyber-attaque. Autre question qui se présente devant de tels risques potentiels : sommes-nous prêts ? La réponse est évidemment non ! (...)
A l’occasion des élections municipales qui se présentent devant nous, certaines associations telles les Greniers d’abondance (territoires fertiles), SOS maires, l’Association des mairies démocrates de France (AMDF), Dicrimocratie ou des réseaux comme Smartrézo ou autre mouvement comme Hulcoq, interpellent les candidats sur la situation alimentaire de notre pays, des conséquences et proposent des solutions pour affronter ce risque majeur, car une fracture dans l’approvisionnement alimentaire nous ferait vivre un quotidien insoutenable.
« Tout est organisé pour diminuer le nombre de ceux qui nourrissent » (...)
Chaque jour en moyenne, deux agriculteurs se suicident faute de revenus dû à une injuste répartition de la valeur entre producteurs, industriels et distributeurs. 30 % des agriculteurs ont moins que le RSA pour vivre soit 642,52 euros par mois.
Il y a dans tout cela un paradoxe terrifiant. Une absence de sécurité alimentaire d’un côté et de l’autre tout est organisé pour diminuer le nombre de ceux qui nourrissent !
Au-delà de l’agriculture, il ne faut pas être naïf. La concordance des accords de libre-échange et de la digitalisation de l’économie profitent essentiellement aux GAFAM et aux grandes entreprises. Cela détruit notre agriculture et fait des ravages auprès de nos petits artisans, petits commerçants et des petits industriels tant cette organisation est avide d’argent (...)
Nous nous retrouvons en situation de danger extrême, en situation de survie. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’état de délabrement de nos campagnes, de certains quartiers de nos villes et structures administratives communales. Nous assistons à la désagrégation de notre société.
Organiser la résilience alimentaire
C’est devant ce constat lamentable que les associations pré-citées s’organisent et réagissent. Leurs actions s’appuient sur l’article 3 de la loi 2004-811 de la modernisation de la sécurité civile. Cette loi « oblige » les maires à organiser cette résilience alimentaire à partir de la relocalisation territoriale de l’alimentation. Pour ce faire, les maires s’appuient sur le Document d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM) qui est lui-même le prolongement du Plan communal de sauvegarde (PCS).
L’action consiste à recenser les possibilités qu’offre chaque territoire afin de subvenir rapidement et durablement à l’approvisionnement alimentaire de chaque citoyen en cas de crise majeure. (...)
Se saisir du DICRIM de sa commune
Actuellement, la plus grande partie de notre alimentation est produite hors de notre territoire de vie, d’où la précarité du système. L’action s’appuierait sur une alimentation locale, bio si possible, dans le but d’apporter une nourriture saine, abondante et facilement accessible à chacun.
Le coût de la « malbouffe » en France est estimé par l’INSEE à 49 milliards d’euros pour la sécurité sociale. Par cette action, les agriculteurs retrouveraient un sens à leur métier. Ils seraient producteurs de nourriture et pas seulement de minerais. Nous pourrions commencer par les cantines scolaires et les restaurations collectives, « hauts lieux de sociabilisation », comme le soulignent les animateurs des Greniers d’abondance via les Plans d’alimentation territoriaux (PAT).
Le secteur agroalimentaire, ses pollutions et sa malbouffe sous perfusion d’argent public
C’est exactement là qu’intervient le mouvement Hulcoq en cartographiant les lieux de productions locales et de les mettre en lien avec les consommateurs par leur plate-forme numérique. D’autres mouvements font de même. Outre l’agriculture et l’alimentation, c’est une dynamique qui se mettrait en place, car les répercussions sont immenses (...)
Une société solidaire et en cohésion verrait le jour. Pour mener à bien ces initiatives cela suppose la mise en place d’une logistique de collecte des produits agricoles, de petites unités de transformation et de magasins d’approvisionnement alimentaires locaux.
Au travers de ces actions ce qui se profile, en filigrane, c’est une relocalisation d’une partie de notre économie. Et, ce n’est pas une utopie, c’est même une alternative crédible au mondialisme. (...)
Désormais, il appartient à chacun d’entre nous de se saisir du DICRIM de sa commune, que l’on trouve en mairie, et de le porter dans un premier temps auprès des candidat·es aux élections municipales et dans un deuxième temps d’inviter les heureux élus à agir.