Au Sénégal, la lutte contre les violences faites aux femmes passe aussi par le petit écran. Depuis quelques semaines, un débat émerge autour d’un type de séries très populaires dans le pays. Des fictions centrées sur l’amour et les relations hommes-femmes connues pour leur scènes chocs. Elles envahissent la télévision depuis une dizaine d’années. Et pour des collectifs et militantes féministes, ces récits participent à banaliser les violences de genre.
Diffusées à heure de grande écoute, ces séries mettent en scène des trahisons de couple, ou encore des relations difficiles entre co-épouses. Elles se regardent partout, sur un poste de télévision, ou encore dans la rue sur un simple smartphone.
Pour les collectifs féministes, le problème est le narratif récurrent dans ces histoires. Des femmes enfermées dans des relations conjugales violentes, qui se taisent et endurent. (...)
Un appel à ne pas romancer les violences
Aux côtés d’autres militantes, Suzanne Sy envisage de saisir directement les maisons de production. Elles ne peuvent plus, dit-elle, se contenter de montrer ces violences sans les déconstruire. (...)
La militante appelle aussi les médias à ne pas romancer les violences faites aux femmes, à un moment où les autorités sénégalaises s’inquiètent d’une hausse de ces violences. Au Sénégal, en 2025, au moins 18 femmes ont été tuées par leur conjoint. (...)
Pour Fama Reyane Sow, scénariste et réalisatrice, se détacher de ce style de série sera difficile pour les boîtes de production. « Les créatifs, les gens qui font les séries, n’ont pas de plan derrière, pas de lobby, ce n’est pas conscient. Ce qu’ils font, c’est des choses qui marchent. C’est ça qui fait buzzer, c’est les confrontations, c’est les trahisons, c’est du telenovelas, donc c’est toujours énorme et exagéré. Et aujourd’hui si on faisait une série qui a beaucoup moins d’éclats, elle marcherait moins », assure-t-elle.
Cependant, elle voit aussi l’émergence du débat d’un bon oeil. (...)