C’est un mode de traversée de la Méditerranée inédit : un réseau de trafiquants a amené une vingtaine d’exilés en France et en Allemagne en les faisant passer pour l’équipage d’un navire transportant du bétail. L’un des membres de ce réseau qui faisait payer plusieurs milliers d’euros à chaque candidat à l’exil est un Syrien basé à Sète, en attente de son jugement, selon le Midi Libre. (...)
Pour avoir l’air de membres de l’équipage, les exilés revêtaient des tenues bleues de marin, emportant avec eux de faux livrets d’embarquement - sorte de carte d’identité professionnelle dans la marine. Une vingtaine d’exilés seraient ainsi arrivés en France, en deux ans, principalement depuis les côtes syriennes et libyennes, mais aussi d’Algérie. Prix à payer pour ce mode de traversée inédit : jusqu’à 22 000 euros. (...)
Le réseau de trafiquants a été démantelé en septembre dernier par l’Oltim (Office de lutte contre le trafic de migrants), indique le quotidien régional. Si l’affaire a été mise en lumière dans la presse régionale cette semaine, c’est que l’un des membres de ce réseau, un Syrien installé à Sète depuis une dizaine d’années, est passé devant la cour d’appel de Montpellier mardi 10 mars. Incarcéré depuis sept mois en attendant son procès, il a demandé ce jour-là au tribunal sa libération.
L’homme menait à Montpellier une activité de carrossier. À Sète, il gérait le débarquement et l’entrée des exilés sur le territoire français. Il aurait lui-même financé certains passages afin que les exilés viennent "travailler dans son garage", rapporte le Midi Libre. Le parquet général s’oppose à sa remise en liberté, qui doit être décidée le 17 mars.
"Il y a des gens au-dessus de lui qui n’ont pas été interpellés"
Ce Syrien, sous statut de réfugié politique, affirme avoir voulu "aider sa famille financièrement" avec ce trafic. Parmi les transactions financières réalisées grâce à ce business et citées par le Midi Libre : l’achat d’un chalet à 25 000 dollars en Syrie, deux appartements et des locaux commerciaux dont un salon de coiffure pour son fils en Syrie. Son avocat a, pour sa part, mis en avant le fait qu’"il y a des gens au-dessus de lui qui n’ont pas été interpellés". (...)
Certaines interpellations d’autres membres du réseau ont eu lieu à Mulhouse(...)
cette filière serait aussi impliquée dans du trafic de stupéfiants. Et ce, via un terrain situé à Vic-la-Gardiole (Hérault), dont le Syrien qui a comparu au tribunal de Montpellier était copropriétaire. L’homme dément, à ce jour, toute implication dans le trafic de drogues.
En attendant les procès des membres du réseau, le cargo sur lequel se déroulait ce trafic de "faux marins", baptisé l’Anakin et battant pavillon togolais, a été inscrit sur la liste noire de l’Europe. Cela signifie qu’il n’a plus le droit d’accoster dans un port européen. (...)