À moto et en Vespa, Martina et Léa ont parcouru 8 000 kilomètres le long de la côte méditerranéenne de l’Italie. Leur objectif : documenter la migration dans ses multiples dimensions, du sauvetage en mer à l’accueil à terre, et donner à voir et à lire, dans un « photozine » dont l’intégralité des recettes est reversé à SOS MEDITERRANEE, une autre réalité. Entretien.
Martina et Léa : Nous sommes toutes les deux un peu nomades. Nous nous sommes rencontrées en Nouvelle-Zélande. Très vite, nous avons eu envie de donner un sens plus profond au voyage. La migration est un sujet important pour nous deux, et en tant que photographe et documentariste, ce projet est notre manière d’interroger et de raconter le monde. Nous sommes parties de Padou sur une Vespa des années 70’ et une moto Suzuki des années 80’, pendant deux mois. Nous avons parcouru toute la côte italienne pour arriver à Marseille en passant par Briançon, d’avril à juin 2025.
Martina : En tant qu’Italienne, je suis particulièrement touchée par ce qui se joue en Méditerranée. J’ai vu comment la question migratoire est instrumentalisée politiquement depuis 2018, et souvent mal traitée dans les médias italiens. J’avais besoin de mieux comprendre, de rencontrer des personnes impliquées sur le sujet, pour en parler autrement. (...)
la rencontre avec le maire de la commune de Riace (en Calabre) et député européen Domenico Lucano, a été très forte car elle nous a vraiment fait sortir de notre monde à nous. Il a fait le choix d’accueillir des personnes en exil pour redonner vie à son village progressivement déserté par ses habitant.e.s, en recréant un véritable écosystème local. Écoles, commerces… tout a repris grâce à la dynamique qu’il a impulsée. C’est un exemple concret de ce qui peut fonctionner en explorant d’autres possibilités.
Il a aussi été accusé de complicité d’immigration clandestine ; cela montre les tensions que ce type d’initiative peut susciter, dans un contexte caractérisé par la peur, le repli sur soi et la désinformation. (...)