L’embrasement d’un entrepôt exploité par le groupe Bolloré, survenu il y a trois ans à Grand-Couronne, a provoqué une pollution massive de la nappe phréatique au lithium, qui perdure et s’amplifie. Les différents industriels impliqués dans le sinistre se rejettent la responsabilité. Une enquête judiciaire est toujours en cours. (...)
892 tonnes de batteries au lithium – soit 12 000 unités – se sont embrasées. Il a fallu plus de deux jours aux pompier·es pour venir à bout des flammes.
Une pollution massive de la nappe phréatique
Sans faire de victime directe, l’incendie a provoqué de lourds dommages environnementaux. Une enquête judiciaire, toujours en cours, devra déterminer les responsabilités. En attendant, les bilans d’analyse se succèdent depuis trois ans et aboutissent tous à la même conclusion : la nappe phréatique présente sous le site incendié est hautement contaminée au lithium. Pire, des analyses rendues publiques fin janvier 2026 y ont mis en évidence un taux de ce métal jamais atteint jusque-là, de 200 000 microgrammes par litre (µg/l). Soit 37 000 fois plus que le taux moyen détecté dans les eaux souterraines en France. (...)
Une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique Science of the total environment rappelle que le lithium peut provoquer « une gamme d’effets toxiques chez les organismes aquatiques, notamment un stress oxydatif, des troubles neurologiques et une inhibition de la reproduction ».
Des industriels qui se rejettent la responsabilité (...)
La dépollution traîne, l’environnement trinque
Pendant ces longs mois de procédures, les résidus de batteries sont restés tels quels sur le site, souillant l’environnement. « Tant que les déchets ne sont pas retirés, ils continuent d’alimenter les eaux souterraines en lithium, retardant la suppression des dommages causés » par l’incendie, soulignait ainsi l’État dans son arrêté d’octobre 2024. Ils ont été débarrassés entre mars et juillet 2025, soit plus de deux ans après le sinistre.
Responsable du chantier, la société Highway France Logistics 8 s’est insurgée du déséquilibre de financement de la dépollution dans un courrier de mai 2025. (...)
« Le site doit être dépollué, c’est un dossier très complexe par le nombre d’acteurs et le coût de ces opérations. Les industriels dont c’est la responsabilité se la rejettent », résumait en décembre 2025, auprès d’Ici Normandie, Zoheir Bouaouiche, secrétaire général de la préfecture de la Seine-Maritime. « Les entreprises impliquées n’ont pas fait ce qu’il fallait. Résultat, on se retrouve avec une énorme pollution de la nappe. C’est déplorable », s’indignent auprès de Vert Patrice et Annick, un couple habitant Grand-Couronne depuis 50 ans.
Des manquements, des accusations et des plaintes (...)