L’armée israélienne a lancé jeudi après-midi un ordre d’évacuation massif aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth, peuplée de plus de 700 000 personnes. Un mouvement de panique s’est emparé de la population, tandis que le ministre israélien d’extrême droite Bezalel Smotrich a affirmé que « la banlieue sud de Beyrouth ressemblera bientôt à Khan Younès », en référence à la ville du sud de la bande de Gaza, largement rasée après plus de deux ans d’offensive israélienne. Le président français, sollicité par son homologue libanais, a appelé le Premier ministre israélien à ne pas « étendre la guerre au Liban ».
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« Très bientôt, Dahiyeh [banlieue sud de Beyrouth, NDL] ressemblera à Khan Younès », a déclaré le ministre des Finances israélien Bezalel Smotrich, sur son compte Telegram, en référence à la grande ville du sud de la bande de Gaza dévastée par la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre 2023. Avant même cette déclaration, c’était un sauve-qui-peut général autour de la capitale libanaise, la population fuyant en voiture, entassée dans des camionnettes ou à pied.
Des dizaines de milliers de familles tentent de fuir la région menacée par les Israéliens dans un grand désordre, alors que les frappes israéliennes ont déjà fait 102 morts et 638 blessés au Liban depuis lundi, selon le ministère libanais de la Santé. Des embouteillages monstres se sont formés sur l’autoroute qui va vers l’est, en direction de la plaine de la Békaa, et sur celle du Nord, qui mène au Mont-Liban. Les artères secondaires qui vont vers le centre de Beyrouth sont également engorgées et la circulation se fait au pas de tortue, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh.
L’avertissement israélien est du jamais-vu, même pendant la dernière guerre. Les Israéliens demandaient aux habitants d’un immeuble, d’un complexe résidentiel ou de certains secteurs d’un quartier de quitter les lieux en prévision d’un bombardement. Mais jamais une ville entière n’a reçu un tel ordre d’évacuation. La banlieue sud s’étend sur 20 kilomètres carrés, soit plus que la capitale dont la superficie est de 14 kilomètres carrés. Sept-cent-mille personnes y vivent, en écrasante majorité des chiites, mais aussi des sunnites, des Palestiniens et une petite minorité de chrétiens, surtout dans sa périphérie. (...)
Des frappes sur tout le territoire libanais
La puissance de feu déployée par l’armée israélienne est très importante. C’est désormais l’ensemble du territoire libanais qui est dans le viseur israélien. (...)
Depuis lundi matin, les raids se comptent par centaines. L’artillerie israélienne a par ailleurs pilonné une quinzaine de villages dans le sud. Les tirs d’artillerie s’inscrivent dans le cadre des opérations terrestres annoncées par l’armée israélienne, qui ne cache pas son intention de vouloir instaurer une zone tampon le long de la frontière.
Les autorités libanaises dépassées
Les autorités libanaises semblent dépassées par les événements. Sur le terrain, le gouvernement a ordonné à l’armée libanaise de se retirer face à l’avancée des troupes israéliennes. L’armée libanaise a ainsi évacué une cinquantaine de positions au sud du fleuve Litani et s’est regroupée dans quelques bases et casernes.
Le gouvernement libanais a interdit toute activité militaire éventuelle des Gardiens de la Révolution iraniens au Liban, alors que les Iraniens ne pourront plus entrer sans visa sur le territoire.
Au niveau diplomatique, le président Joseph Aoun a réaffirmé son refus de la création par Israël d’une zone tampon lors d’une rencontre, le 3 mars, avec les ambassadeurs de ce que l’on appelle le Quintet, qui comprend les États-Unis, la France, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar.
Sur un plan humanitaire, les autorités essayent de gérer le flux de déplacés qui ont quitté leurs villages à l’appel des Israéliens. Une aide a déjà été fournie à 90 000 personnes qui ont dû être hébergées dans des écoles publiques.