Comment expliquer que la quasi-totalité de la représentation nationale se soit associée sans la moindre protestation à cette minute de silence en hommage à un militant d’une extrême droite qui se situe aux antipodes des valeurs humanistes et démocrates dont se targue la République française ?
Le 17 février 2026, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence en hommage à Quentin Deranque, un jeune fasciste mort au cours d’un affrontement avec des antifascistes. Il apparaît démontré aujourd’hui qu’il était raciste et en particulier antisémite et même qu’il professait des idées néonazies. Cela n’a rien de surprenant au regard du contexte dans lequel s’est produit l’affrontement qui a conduit à son décès.(...)
(...) il aurait fallu prendre le temps de l’analyse et de la réflexion avant de proposer pour certains et d’approuver pour d’autres une mesure aussi solennelle et symbolique qu’une minute de silence dans l’hémicycle. Il aurait fallu pour cela prendre du recul face à l’offensive déclenchée par les médias contrôlés par des milliardaires réactionnaires et amplifiée par les algorithmes des réseaux sociaux définis par les sbires du technofascisme.
Le fait que la Présidente de l’Assemblée ait osé se référer dans son bref discours à un Robert Badinter qui n’est plus là pour protester est particulièrement pervers. (...)
L’extrême droite a réussi ce tour de force à faire généralement admettre que le seul problème qu’elle posait et dont elle devait se débarrasser consistait dans son antisémitisme rabique et que tout le reste, à savoir entre autres toutes les autres formes de racisme, l’aspiration à un régime autoritaire ou même totalitaire, le culte du chef, la volonté affichée de brider les libertés d’opinion et d’expression, la promotion des inégalités de toute sorte et notamment de genre, la répression du syndicalisme, la réécriture de l’histoire à des fins de propagande et j’en oublie énormément, ne posait aucun problème voire constituait des réponses acceptables à une prétendue vague d’islamogauchisme, de wokisme ou de je ne sais quel autre épouvantail idéologique imaginaire.(...)
Le seul groupe parlementaire à avoir émis des réserves est le groupe LIOT. C’est peu. Une seule députée, Anne-Cécile Violland, élue de Haute-Savoie, a refusé de se lever lors de la minute de silence. Elle mérite notre admiration mais son attitude courageuse, ainsi éventuellement que celle des quelques députées et députés qui ont déserté l’hémicycle pour éviter le déshonneur, ne pourra pas faire oublier cette image terrible d’une assemblé en perdition rendant hommage à un jeune homme dont l’affiliation idéologique est la même que celle des Miliciens de 1943 et 1944 qui, pour beaucoup, avaient son âge. (...)
Un seul député, l’écologiste Charles Fournier, a indiqué a posteriori son regret de n’avoir pas su résister à la manipulation. Encore une fois, c’est peu et c’est tardif. Le plus terrifiant réside sans doute dans l’attitude de certains députés de « gauche » qui ont fait part de leur trouble à la presse mais SOUS COUVERT D’ANONYMAT, comme s’ils craignaient d’être sanctionnés pour avoir osé exprimer une opinion. (...)
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– (Mediapart)
Quentin Deranque, catholique traditionaliste à la ville et néonazi en ligne
Le militant tué à Lyon gravitait depuis plusieurs années dans les cercles néofascistes locaux. Des milliers de posts anonymes sur X retrouvés par « Mediapart » montrent l’étendue de sa pensée raciste et antisémite, construite autour d’une glorification du fascisme et une nostalgie du nazisme.
lIl y a d’abord eu les hommages, élogieux. « Quentin est un nouveau converti au catholicisme engagé pour le bien commun […] avec une noblesse d’âme impressionnante », décrivait son ami Baptiste Claudin le 16 février sur CNews.
Puis est arrivée la minute de silence à l’Assemblée nationale(...)
Un aspect de la personnalité du militant néofaciste, qui s’était porté volontaire pour faire partie d’un service d’ordre bénévole du groupe de fémonationalistes Némésis le 12 février, a pourtant jusqu’ici été complètement éclipsé. Un activisme en ligne d’une rare brutalité, qui laisse peu de doute sur les convictions néonazies qu’il avait développées.
Mediapart a identifié des milliers de posts que Quentin Deranque a publiés sous pseudonyme ces deux dernières années sur le réseau social X. Si elles confirment le portrait de fervent catholique et intellectuel appliqué que ses ami·es ont dressé, ces publications donnent aussi à voir l’étendue vertigineuse d’une pensée structurée autour d’un racisme et d’un antisémitisme décomplexés, ainsi qu’une glorification assumée du fascisme et de la nostalgie du nazisme. (...)