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Marie-Claude Saliceti
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Club de Mediapart/ Reza H. Akbari Responsable de programme à l’Institute for War and Peace Reporting* et doctorant à l’American University
« Y a-t-il encore un endroit sûr ? » - Le témoignage d’une civile à Téhéran
#guerreAuMoyenOrient
Article mis en ligne le 18 mars 2026
dernière modification le 15 mars 2026

Le récit d’Azadeh décrit de manière vivante la première semaine de la guerre, offrant au lecteur un aperçu intime de la dynamique familiale, des liens entre voisins et des angoisses des femmes ordinaires alors que les missiles s’abattent sur les rues de son quartier bien-aimé. Il aborde également quelque chose de plus profond, évoquant le fil invisible qui relie deux générations d’Iraniens séparées par des décennies, mais unies par l’expérience de la guerre.

J’écris ces lignes six jours après le début de la guerre [le 28 février], et ma famille et moi sommes officiellement devenus des réfugiés de guerre.

Lundi [le 2 mars], vers 9 h 30 du matin, j’étais allongée sur le lit de ma mère, à ses côtés, quand soudain une énorme explosion et les violentes secousses des fenêtres nous ont réveillées en sursaut. Nous avons couru vers le couloir. Nous nous sommes serrés les uns contre les autres, terrifiés, et avons crié : « La guerre est là ! La guerre est là ! A’zam ! [la sœur de l’auteur] Papa ! La guerre est là. » Les voisins se sont précipités dehors, pris de panique, et les cris résonnaient dans tout l’immeuble.

Pendant des heures après cela, mes genoux n’ont cessé de trembler. Je me sentais vide à l’intérieur. Je n’avais jamais éprouvé une peur aussi nue, aussi brute, et aussi proche. Je n’avais jamais eu aussi peur de ma vie. C’était ma première confrontation avec la guerre.

Chacun de nous, anxieux, arpentait différents coins de la maison tout en consultant les actualités et en passant des coups de fil les uns après les autres.

« La guerre a-t-elle vraiment commencé ?! »
« Où ont-ils frappé ?! »
« Tu vas bien ? »
« As-tu des nouvelles de quelqu’un d’autre ? »
« Que va-t-il se passer maintenant ? »

***

Ma mère, prise d’une angoisse intense, s’est mise à nettoyer les vitres et à cuisiner. La tension artérielle de mon père a grimpé et il s’est endormi un moment. A’zam et moi avons cherché frénétiquement des informations. Nos oreilles étaient devenues hypersensibles au moindre bruit. Chaque bruit. Depuis ce moment-là jusqu’à aujourd’hui, le moindre bruit nous fait sursauter.

Plusieurs heures s’écoulèrent et les choses semblaient s’être calmées. (...)

« J’espérais de tout mon cœur que les paroles de mon père soient vraies lorsqu’il disait : “Ils ne frappent jamais deux fois au même endroit.” Je n’aurais jamais pensé que nous allions retrouver une maison à moitié détruite. » C’est le 14ème jour de la guerre qui fait rage contre l’Iran, et rien ne permet de savoir clairement quand ni comment les combats vont s’apaiser. Je transmets ici le témoignage de Azadeh Sadeghi, cinéaste contrainte de quitter Téhéran. (...)

C’est alors que ma mère m’a dit : « C’est le calme avant la tempête, ma chérie. Va dormir, car cette nuit, jusqu’à l’aube, nous ne pourrons pas fermer l’œil à cause du bruit des explosions et de la peur. C’était pareil pendant la guerre des Douze Jours. »

Elle avait raison. Vers huit ou neuf heures du soir, les explosions ont repris, sans discontinuer. Nous étions dans un état d’angoisse terrifiante, comme si nous nous attendions à ce que le pire arrive à tout moment, [afin de pouvoir] trouver refuge quelque part dans la maison. Cette nuit-là, nous avons posé nos matelas les uns à côté des autres dans le salon, mais nous n’avons pas [même] cligné des yeux.

(...)