Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
l’Humanité
À Mulhouse, Macron brandit le « séparatisme islamiste »
Article mis en ligne le 19 février 2020

En déplacement dans la sous-préfecture du Haut-Rhin, le chef de l’État a voulu revenir sur le terrain de la place de l’islam dans la République. Une stratégie électoraliste assumée en vue de 2022.

Faut-il que le marasme politique et démocratique dans lequel est enfoncé Emmanuel Macron soit profond pour que le chef de l’État sorte la seule carte qui reste dans sa manche : celle du thème de l’identité nationale et de l’islam. Le déplacement à Mulhouse (Haut-Rhin), hier, s’inscrivait dans une stratégie élaborée par le président de la République et son équipe. Englué depuis trois mois dans un mouvement social de très grande ampleur et une impopularité proche du record de François Hollande (26 %, selon le baromètre YouGov publié le 7 février), il devenait urgent pour le chef de l’État d’aborder ce qui cimente ses électeurs désormais clairement marqués à droite. (...)

Pour Ian Brossat, porte-parole du PCF, le dessein présidentiel est limpide : le président « détourne le débat » par « tactique politique ».
Exit l’économique et social, place au « régalien » (...)

pas moins de cinq ministres l’accompagnaient hier pour une « visite de terrain », première étape de cette fameuse « séquence », avant un déplacement prévu après les municipales, toujours sur le même thème, mais centré cette fois sur la politique de la ville. À son arrivée dans le quartier de Bourtzwiller, choisi car classé à la fois QRR (quartier de reconquête républicaine, dispositif créé en 2018) et Clir (cellules contre l’islamisme et le repli communautaire), Emmanuel Macron a voulu affirmer sa détermination à lutter contre le « séparatisme islamiste » et, en même temps, contre « les discriminations ». Avant d’ajouter : « On doit lutter contre le séparatisme parce que, quand la République ne tient pas ses promesses, d’autres essaient de la remplacer », pointant « l’islam politique » qui « n’a pas sa place en France ». (...)

Larbi Rhibane, se montrait de prime abord dubitatif : « On est très étonnés qu’Emmanuel Macron ait choisi ce quartier. Ça fait dix ans que j’y travaille et je n’ai pas du tout l’impression que le communautarisme et encore moins le séparatisme religieux existent ici. » Pour lui, le déplacement du chef de l’État consiste à pointer du doigt un territoire : « C’est vraiment dommage qu’on utilise Bourtzwiller et qu’on écorne son image pour débattre sur cette question alors que, depuis dix ans, le quartier évolue dans un sens positif, socialement, dans le réaménagement urbain, l’insertion. » (...)

Si, comme l’écrivait Camus, mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur du monde, alors que penser de ce nouveau vocable de « séparatisme islamiste » utilisé pour la première fois par le chef de l’État lors du retour de son déplacement en Israël, le 23 janvier dernier ? Selon Jérôme Fourquet, « le choix délibéré du vocable de séparatisme dénote une évolution du regard des équipes présidentielles sur le phénomène. Il permet d’éviter un procès en laxisme, d’envoyer un message fort, en disant “on est pleinement conscient du problème, la preuve, c’est nous qui utilisons les termes les plus durs, les plus tranchants” ». (...)

Au-delà de ces circonvolutions sémantiques, l’objectif de cette stratégie s’inscrit avant tout dans celle de l’entretien donné à Valeurs actuelles par Emmanuel Macron fin octobre, celle d’une « société de vigilance » avec son lot de discriminations. Sans omettre la sortie de Jean-Michel Blanquer, qui jugeait le voile « pas souhaitable » dans la société française au lendemain de l’humiliation d’une accompagnatrice scolaire voilée par un élu RN. (...)

reste que les élus locaux et les associations sont en première ligne face à un problème irréfutable : les agissements des intégristes islamistes qui prospèrent sur un terreau fertile, sur fond d’abandon de territoires entiers par la République elle-même. Nombre d’élus n’ont de cesse d’alerter précisément sur « les promesses non tenues de la République », pour paraphraser Emmanuel Macron (...)

et c’est Emmanuel Macron qui avait offert au rapport sur les quartiers prioritaires (dit Borloo) un enterrement de première classe. Car, en matière d’égalité républicaine, les effets du néolibéralisme, cette machine à fabriquer de l’exclusion et de la colère, s’avèrent dévastateurs.