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Mediapart
A Paris, la police cible des prostituées sans papiers fragilisées par le couvre-feu
Article mis en ligne le 13 avril 2021

Des contrôles d’identité à répétition visent, depuis un mois, des exilées chinoises. D’après nos informations, un député LREM met en garde, dans un courrier, le ministre de l’intérieur : « Il ne faudrait pas utiliser la situation sanitaire pour conduire des opérations qui ne sont pas justifiées par le droit. »

Ce mercredi de mars, Madame Ling* fait le pied de grue sur le boulevard de la Villette, comme presque tous les jours depuis quatre ans. Sur le même secteur, elles sont plusieurs dizaines d’autres prostituées chinoises à travailler. Un après-midi calme, sans histoire, raconte Madame Ling. Jusqu’à ce qu’un groupe de policiers en civil vienne contrôler ses papiers ainsi que ceux de ses collègues. Dans le métier, elles sont presque toutes en situation irrégulière.

A priori, elles ne présentent pas de trouble à l’ordre public, respectent le couvre-feu. Quant au délit de racolage, il a été aboli en 2016. Mais « ils étaient huit, se souvient Madame Ling, qui ne parle pas français. On n’a pas compris, on n’a rien fait de mal. Il n’y avait pas de bagarre. » Près du métro, place Jean-Rostand, un deuxième groupe de policiers vérifierait en même temps les identités d’autres travailleuses du sexe chinoises. « En tout, nous étions 16 femmes réunies par la police. Ils en ont relâché huit et m’ont amenée avec le reste au commissariat. J’avais déjà assisté à quelques contrôles d’identité mais n’avais jamais rien vu de cette ampleur. » (...)

Au poste, des interprètes les attendent. Les huit femmes se font fouiller, enregistrer leurs empreintes et photographier. Trois heures plus tard, elles ressortent toutes avec des « obligations de quitter le territoire français » (OQTF), signées du préfet.

Des vérifications d’identité massives visant spécifiquement les prostituées chinoises auraient ainsi eu lieu à plusieurs reprises en mars, dans ce quartier de Belleville, et encore la première semaine d’avril, d’après nos informations. Entre 20 et 35 travailleuses du sexe auraient écopé d’OQTF à la sortie de ces contrôles de masse.

Interrogée par Mediapart, la préfecture de police de Paris affirme que « des opérations sont menées sur la base de réquisitions du parquet ou dans le cadre de contrôles préventifs prévus par le code de procédure pénale, avec pour objectifs la lutte contre l’immigration clandestine et la sécurité ressentie par les habitants ». (...)

« Ça fait un peu rafle », dénonce Nora Martin Janko, coordinatrice du Lotus bus, un programme de Médecins du monde qui suit cette population, en questionnant les motifs de ces interpellations. « Il y a des règles dans les contrôles de papiers. Normalement, il faut que la personne présente un trouble à l’ordre public. Il est interdit de viser spécifiquement une population. S’ils veulent vérifier la régularité du séjour sur un territoire donné, ils doivent contrôler tout le monde. » « Les vendeurs à la sauvette d’à côté n’ont rien eu », remarque pourtant Madame Ling.

Dans une lettre envoyée au ministre de l’intérieur fin mars, le député LREM Raphaël Gérard s’étonne de ces opérations qu’il décrit comme des contrôles au faciès. (...)
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Même si des recours doivent être déposés contre ces « obligations de quitter le territoire » grâce à un partenariat entre le Lotus bus et la Cimade (association de défense des droits des étrangers), Madame Ling redoute tout de même l’expulsion. Arrivée en France il y a six ans, elle n’a pas terminé de rembourser les dettes qu’elle a contractées au pays. « Après ces contrôles, plusieurs femmes de la communauté sont désormais anxieuses à l’idée d’aller travailler », note Nora Martin Janko.

En 2015, les travailleuses du sexe de Belleville s’étaient constituées en association, les Roses d’acier, pour dénoncer, entre autres, le harcèlement policier dont elles étaient victimes. Après deux années de lutte, l’association avait pu rencontrer plusieurs acteurs institutionnels et apaiser les relations entre prostituées chinoises et policiers. Depuis, « c’est la première fois qu’on constate des contrôles d’identité de cette ampleur sur les femmes chinoises », s’étonne Ting Chen, le coordinateur des Roses d’acier, qui souligne les difficultés rencontrées par les travailleuses du sexe en cette période de pandémie. « On questionne le sens de ces arrestations alors que la solidarité sociale est déjà mise à l’épreuve ! » (...)