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Mediapart
À la télévision, les candidats LR jouent à perdant-perdant
Article mis en ligne le 10 novembre 2021

Les cinq candidats à l’investiture LR ont débattu pendant trois heures sur LCI, lundi 8 novembre, sans qu’il n’en sorte aucune franche divergence. Tout juste une course désespérée à la fermeté sur l’immigration ou la sécurité, adoucie par la forme d’un échange souvent narcotique.

Ce devait être le grand retour de la droite d’opposition au premier plan de l’agenda politique. Le premier des quatre débats entre les candidats Les Républicains (LR) à l’investiture présidentielle, lundi 8 novembre sur LCI et RTL, a finalement exhibé au grand jour la faiblesse de cette famille politique. Au terme de trois heures d’échanges sans grand relief, les cinq postulants n’ont pas franchement réussi à marquer leur différence ni à convaincre de leur capacité à remporter le scrutin de 2022. (...)

Dans un débat accaparé par les fièvres sécuritaires et identitaires de l’époque, les candidats ont rivalisé de radicalité en la matière.

Au jeu de la surenchère, c’est Éric Ciotti qui est largement sorti vainqueur de cette joute télévisuelle. « Je veux abattre le politiquement correct », a claironné le député des Alpes-Maritimes. Suppression de 250 000 postes de fonctionnaires, « permis à points » pour les immigrés, rétablissement des peines planchers, référendum pour s’affranchir des juridictions européennes : l’élu niçois a égrené une série de propositions censées plaire à la frange la plus droitière de l’électorat LR.
Sur le « grand remplacement », un naufrage collectif

Il a même allègrement franchi les décombres de la digue qui séparait la droite et l’extrême droite en reprenant à son compte la théorie du « grand remplacement ». À la manière d’un Nicolas Sarkozy promettant en 2014, sous la pression de Sens commun, l’abrogation du mariage pour tous (« Si ça vous fait plaisir, ça ne coûte pas très cher »), Éric Ciotti s’est pris les pieds dans le tapis de l’électoralisme lorsqu’il a été interrogé sur cette idéologie d’extrême droite. « Il est inutile de nier la réalité, a-t-il lancé. Vous appelez ce phénomène comme vous voulez mais moi, je le constate et je veux qu’il s’arrête. […] S’il faut parler de grand remplacement, je parle de remplacement. »

Voir une partie de la droite emprunter les mots et les concepts de l’extrême droite n’a toutefois rien d’inédit. En revanche, le festival de circonvolutions des autres candidats pour masquer leur embarras et leur incapacité à condamner les propos de leur concurrent avait quelque chose d’aussi pathétique sur le plan télévisuel que significatif sur le plan politique.

Michel Barnier, par exemple, a refusé de reprendre la théorie de Renaud Camus au prétexte qu’elle était « utilisée par des gens, et notamment une personne, qui n’a pas la même histoire que nous » – une allusion claire à Éric Zemmour. Valérie Pécresse a dit « déteste[r] cette expression parce qu’elle donne le sentiment que tout est foutu ». Pas parce qu’elle a inspiré un attentat qui a tué 49 personnes, en mars 2019 à Christchurch (Nouvelle-Zélande). Pas même, comme le disait Marine Le Pen, parce qu’elle est « complotiste » et suppose un « plan établi » d’invasion de la France.

Un naufrage intellectuel que les cinq candidats LR, tout à leur esprit de rassemblement, ont partagé et assumé en chœur (...)

Tout s’est passé, lundi soir, comme si les cinq candidats avaient les yeux rivés pendant trois heures sur les enquêtes d’opinion et le portrait-robot supposé de l’adhérent LR. À ce corps électoral réputé séduit par Éric Zemmour et avide de solutions fermes et droitières sur les sujets régaliens, les aspirants à la présidence de la République n’ont eu de cesse de montrer patte droite. (...)