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Mediapart
Burn-out, « harcèlement »... : d’anciens salariés de L214 dévoilent l’envers du succès
Article mis en ligne le 21 mai 2021

L’association antispéciste, forte de 48 000 membres et 6 millions d’euros de dons récoltés en 2020, subit le contrecoup d’une croissance météoritique : 12 salariés fin 2015, 74 en 2021. Ses dirigeants admettent n’avoir « pas toujours fait les meilleurs choix ». Deux cas sont soumis aux prud’hommes vendredi.

Protection animale, souffrance salariale ? À peine caricaturée, voilà l’accusation portée par plusieurs anciens salariés de L214, cette association devenue célèbre pour ses vidéos coup de poing dénonçant la souffrance animale dans les élevages et les abattoirs.

Ce vendredi 21 mai, le conseil des prud’hommes de Lyon examinera lors d’audiences intermédiaires – les dossiers ne seront pas plaidés sur le fond avant plusieurs mois – les cas de deux anciens collaborateurs, qui jettent une lumière inédite sur L214. Ils sont les premiers dans l’histoire de l’association à l’attaquer aux prud’hommes, mais ils ne sont pas les seuls à porter des accusations. Accusations dont la direction, à l’unisson avec nombre de salariés actuels, se défend énergiquement. (...)

Burn-out réguliers, départs contraints, forte charge de travail, accusations de harcèlement moral, mais aussi relatif aveuglement sur les questions de violences sexistes et sexuelles… Le tableau dressé auprès de Mediapart par une petite dizaine de personnes ayant travaillé pour l’association entre 2008 et 2020 est néanmoins sombre. (...)

Depuis mars 2020, on compte une quinzaine de départs dans les rangs de l’organisation qui œuvre en faveur de l’antispécisme, du véganisme et de l’abolition de l’élevage. Cela représente un salarié sur cinq. (...)

« Le passage chez L214 m’a vraiment cassé, j’ai été sous antidépresseurs pendant deux ans. Cela m’a dégoûté du monde du travail », confie pour sa part Arsène*, parti depuis de longues années. « À partir du moment où un salarié est pris en grippe, tout est bon pour l’écarter, ils n’y vont pas par quatre chemin », avance quant à elle Juliette*, qui estime avoir été poussée dehors.

À l’exact inverse, Mediapart a aussi recueilli les louanges de personnes toujours en poste et vantant leurs conditions de travail. « Selon nous, aujourd’hui, il n’y a pas de problème systémique de souffrance en lien avec les conditions de travail au sein de l’association », indiquent les représentants des salariés, élus depuis 2019 au sein du comité social et économique (CSE).

Les élus disent peu ou prou la même chose que leurs dirigeants. (...)

Fait rare, 49 salariés, accompagnés par 4 anciens, nous ont également envoyé un courrier pour défendre bec et ongles leur employeur. « Nous souhaitons témoigner de notre stupéfaction devant les accusations portées à l’encontre de L214, et réaffirmer notre fierté de travailler dans une association qui met chaque jour en pratique les valeurs de respect et de considération pour lesquelles nous œuvrons », écrivent-ils (leur lettre est également disponible sous l’onglet Prolonger).

Entre ces deux pôles opposés, et au milieu des tensions qu’ils laissent deviner, se dessine sans doute la vérité actuelle de L214. Une structure encore largement influencée par sa fondation, en 2008, par une poignée de militants réunis autour du couple emblématique Brigitte Gothière, aujourd’hui directrice, et Sébastien Arsac, directeur des enquêtes.

Mais l’association est aussi devenue un acteur central du milieu de la protection animale, qu’on respecte, qu’on admire, et qu’on ne critique pas. (...)

pendant des années, la croissance météoritique de l’organisation a eu un coût humain. L’articulation entre le rôle d’organisme militant et celui d’employeur responsable de plusieurs dizaines de salariés n’est pas allée de soi. « Nous n’étions pas préparés pour répondre aux défis que nous allions connaître, et nous n’avons malheureusement pas toujours fait les meilleurs choix », reconnaît le Copil.

« Naïvement, nous nous sommes lancé·e·s en pensant que la bonne volonté de chacun·e et la cause commune partagée suffiraient pour que ça roule, alors que la structuration de l’asso, la formalisation de certains process et les obligations qui nous reviennent ont pu créer et peuvent encore créer des irritants et/ou des déceptions », admettent les dirigeants.

Pour autant, ils jugent que la situation évolue rapidement, et positivement (...)

Les salariés heureux de leur sort insistent par ailleurs tous sur une disposition phare : l’égalité salariale, « quels que soient le poste occupé, l’ancienneté ou le “niveau” de responsabilité ». Après plusieurs années où le niveau de salaire variait de 400 euros brut maximum, toute différence a été abolie depuis un an. La rémunération est désormais fixée à 2 025 euros net pour tous les salariés à temps plein, auxquels viennent s’ajouter 150 euros de prime pour ceux qui résident « dans l’aire urbaine de Paris ».

Deux militants historiques aux prud’hommes (...)

Aujourd’hui, Alix demande à la justice de constater que son statut de prestataire indépendant, avec lequel il a travaillé de décembre 2015 à début 2020, était fictif. Il souligne qu’aucun contrat ne le liait à l’association, et que les factures qu’il fournissait n’étaient qu’un mince déguisement masquant son statut de salarié.

La procédure débutant seulement, L214 ne souhaite pas commenter en détail, mais promet qu’elle produira les éléments « pour expliquer qu’il travaillait effectivement en qualité d’indépendant ».