Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Agoravox
Contre l’extrême-droite, faisons gagner la démocratie !
par milan mardi 27 mai 2014 -
Article mis en ligne le 27 mai 2014

Depuis des mois, le Front National est en tête dans l’ensemble des sondages pour les élections européennes en France. Depuis des mois, Marine Le Pen et ses sergents Louis Aliot et Florian Philippot monopolisent les plateaux télés, attisent les peurs et sèment la haine. Depuis des mois, la menace est là, perceptible. On le sait depuis des mois, mais rien ni personne ne l’a empêché : le FN est bien arrivé en tête aux élections européennes, et largement. Jamais le FN n’avait obtenu un score aussi fort lors d’une élection. Les grands partis nationaux n’ont rien fait pour éviter la catastrophe : Vincent Peillon dans le Sud-Est pour le PS et Michèle Alliot-Marie pour l’UMP dans le Sud-Ouest était les deux seules têtes d’affiche des grands partis nationaux, témoignant ainsi du faible intérêt qu’ils accordaient l’un et l’autre à ce scrutin. Alors oui, le jour où les vrais résultats tombent, évidemment, le choc est immense : Valls a parlé de « séisme », la droite s’est affolée, jugeant le chef Copé responsable de l’échec. Mais l’étonnement du PS et de l’UMP n’est pas crédible.

Comment, lors d’une élection européenne, le premier parti de France peut être le plus eurosceptique, celui qui veut précisément démolir le rêve européen ? Pourquoi gauche et droite n’ont pas su réagir plus tôt ? En 2009, lors des dernières élections européennes, le FN était à 6,5%. Cinq ans plus tard, il est à 25%. Comment expliquer une telle montée ? Comment comprendre une abstention aussi forte ? Comment interpréter un tel refus de la démocratie ? D’où vient ce profond malaise ? Plus inquiétants encore sont les résultats chez les jeunes : 73 % des moins de 35 ans se sont abstenus et 30% ont voté FN. La jeunesse se sent délaissée, comme si elle ne croyait plus en rien, comme si elle ne se retrouvait plus derrière quelque chose, ni même derrière une idée. Comment la France a-t-elle pu en arriver là ? Derrière cette question essentielle, demeure une préoccupation cruciale : que faire, désormais ? Comment stopper cette dynamique ? (...)

au-delà de l’Europe, il apparaît frappant que ce vote témoigne d’un rejet profond de la politique elle-même. Car si les citoyens n’ont pas voté pour le réel enjeu du scrutin (l’Europe) , ils ne l’avaient pas fait non plus, dans de nombreux cas, aux municipales, préférant sanctionner l’action du gouvernement qu’ils jugent inefficace. Pourtant, la déroute de la gauche ne doit pas faire oublier l’échec frappant de la droite, devancée elle-même, rappelons-le, par l’extrême-droite. Les Français,- disons-le en toute honnêteté-, se trompent souvent d’élections. Ils voient dans ce genre d’élections intermédiaires un moyen de pousser un cri de colère, de dire non à la politique qu’on leur inflige, et peu importe si cette politique est précisément le fait de politiques dictées par la Commission Européenne à Bruxelles (règle des 3% du déficit imposée par la CE). Un chômage qui ne faiblit pas, un moral au plus bas, un pouvoir d’achat qui stagne : bref, autant d’éléments qui indiquaient qu’une grande partie des français allaient exprimer leur mécontentement à l’égard du Président de la République et de son gouvernement. Mais quoi de plus naturel, en somme, que d’être rejeté, lorsqu’on gère un pays en période de crise ? Il eût été bien illusoire de croire que le PS pouvait éviter la claque. Elle était tellement prévisible. Néanmoins, bien au-delà du gouvernement, c’est le sens même de l’action politique qui, d’après moi, est touché par ce vote. Les grands partis nationaux deviennent inaudibles, désignés comme incapables de résoudre les problèmes de fond, et ce sont ces mêmes partis qui, souvent, sont touchés par des affaires, alimentant ainsi le climat délétère du « tous pourris » autour du monde politique. Et bien entendu, hélas, dans un climat d’hostilité sur fond de crise sociale et politique, l’extrême-droite est la grande gagnante.

Le FN se nourrit de la crise, de la misère et des inégalités. Il instrumentalise l’Etat social pour capter l’électorat populaire le plus durement touché. Ainsi peut-il s’appuyer sur une base forte d’ouvriers qui, jadis, peut-être, luttaient à gauche.

Apparaître crédible aux yeux des Français quand son père ne l’était pas : telle est la logique de Marine Le Pen ; en somme, elle cherche à se « dédiaboliser ». Elle utilise la laïcité dans l’unique but de stigmatiser l’Islam. Elle se sert de la crise pour se positionner « contre-tout » et comme seule défenseure de la Nation. Elle se sert aussi des médias pour déverser sa haine, mais avec intelligence, en soignant son image, pour apparaître comme une réelle alternative aux yeux des citoyens, et peu importe si son programme économique est aussi indigent que dangereux. Mais ne l’oublions surtout pas : elle se garde bien de condamner les propos xénophobes des dirigeants de son parti. Elle représente tout ce qui est contraire à l’idée même de la République.(...)

Mais si le FN est bel et bien un danger, c’est l’action publique elle-même, aujourd’hui, qui est en danger. Lorsque presque deux tiers des citoyens d’un pays refusent le droit de vote - acquis jadis par leurs pères et des milliers de morts au passage-, c’est bien que le message ne passe plus, que ce formidable système politique qu’est la démocratie (« le pire à l’exception des autres » disait Churchill) devient lassant. Le civisme français n’est plus respecté. Voter est devenu une chose banale dont on peut se passer. En Ukraine, on meut pour la démocratie. En France, elle lasse. (...)