Ce jeudi 28 septembre, la France va déposer sa candidature pour organiser l’Exposition universelle 2025 sur le plateau de Saclay (Essonne). Avec un slogan vert : « la connaissance à partager, la planète à protéger ». Mais, explique l’auteur de cette tribune, l’Exposition va accélérer la bétonnisation des terres agricoles.
Partager la connaissance est une chose noble qui doit être encouragée partout. Il n’est pas sûr que l’exemple donné sur le plateau de Saclay par les rebondissements et échecs successifs de la construction institutionnelle du regroupement d’universités et d’établissements Paris-Saclay soit le meilleur exemple de partage ! Lesdits établissements n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un projet commun, les plus élitistes voulant garder leurs prérogatives, leur nom propre, leur identité d’« excellence » et attirer à eux la part du lion budgétaire [1].
Intéressons-nous plutôt à l’autre thème, en apparence plus consensuel : la planète à protéger. Donc, après les hectares de terre fertile confisqués aux exploitants agricoles du plateau de Saclay pour faire déménager des instituts souvent très correctement dotés sur leur site actuel, la dernière trouvaille des élus locaux a été la candidature à l’Exposition universelle sur terres agricoles.
« Les scientifiques trouveront des solutions »
Oh non !, disent les élus, « cela ne concerne absolument pas les terres agricoles ».
En effet, des terres cultivées ne sont plus pour eux des terres agricoles dès lors qu’ils ont en projet de les « aménager » et qu’elles sont marquées ZAC (zone d’aménagement concerté) sur leurs plans. (...)
La création de la ZPNAF a entraîné chez les élus un glissement sémantique des mots « terres agricoles ». Ainsi, les terres qui ne sont pas dans la zone de protection se trouvent de facto « non protégées » et elles en perdent immédiatement leur propriété « agricole » pour devenir « urbanisable ». Il suffit donc aux maires d’y mettre une ZAC pour satisfaire à leur désir de bétonnage et cela sans aucune culpabilité puisqu’ils ne touchent pas à la ZPNAF. La ZPNAF a donc un effet accélérateur pour l’artificialisation des abords de son périmètre !
Alors, comment osent-ils parler de protéger la planète quand l’étalement des villes est reconnu partout comme une menace majeure sur l’environnement et la stabilisation du climat ? (...)
Quant à l’idée également diffusée que « l’Exposition universelle à Saclay réaffirmera notre attachement à la réussite de l’Accord de Paris », nous sommes là dans la même illusion de l’énoncé autoréalisateur, comme si le simple fait d’avoir signé cet accord pouvait remplacer les mesures concrètes à prendre d’urgence pour vraiment réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Autre volet mis en avant dans la candidature sur l’Exposition universelle : la biodiversité. On lit dans les documents de projet d’Exposition universelle : « Autour du Village global […], des jardins accueilleront les visiteurs [...] Ils seront une machine écologique à la pointe de la biodiversité. »
Or la biodiversité naît dans les écosystèmes naturels, pas dans les minizones artificielles reconstituées à titre de compensation après destruction. Pas besoin d’analyse supplémentaire pour comprendre à quel point nous sommes ici dans la pensée magique, dans l’illusion de la parole performative pratiquée à outrance par les élus de la communauté Paris-Saclay et du département de l’Essonne.