Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Mediapart
« Je m’en fous, je suis de la police » : le bras droit du préfet Lallement visé par une enquête pour des violences sur un cycliste
Alexis Marsan, directeur adjoint de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police, récemment épinglé par Mediapart pour sa gestion calamiteuse de la finale de la Ligue des champions le 28 mai au Stade de France, et ses consignes violentes alors qu’il dirigeait des dispositifs de maintien de l’ordre lors des manifestations de « gilets jaunes ».
Article mis en ligne le 7 juillet 2022

Alexis Marsan, haut gradé de la préfecture de police déjà mis en cause pour sa gestion violente du maintien de l’ordre notamment lors de la finale de la Ligue des champions au Stade de France, est accusé d’avoir agressé un cycliste alors qu’il circulait sur une moto banalisée mi-mars à Paris. La vidéosurveillance n’a jamais été exploitée, et la plainte orientée vers le mauvais service. Une enquête a été confiée à l’IGPN lundi 4 juillet.

Le 16 mars 2022, sous un ciel clair, Olivier V., cadre de la fonction publique, traverse Paris sur son VTT rouge pour se rendre à son travail après avoir déposé son fils à l’école. Casqué, ganté, équipé d’éléments de signalisation fluorescents, il se décrit comme un cycliste prudent, qui choisit scrupuleusement ses itinéraires en fonction de critères de sécurité.

Vers 8 h 35, il roule « tranquille » sur le quai Saint-Bernard, en face de l’Institut du monde arabe, sur une voie réservée aux bus et aux vélos, large de 3,50 mètres. Selon son témoignage, consigné dans une plainte déposée le jour des faits, que Mediapart a pu consulter, le quadragénaire entend alors une moto vrombir derrière lui avant de se porter à sa hauteur, sur sa gauche. Le conducteur de cette moto gris foncé, âgé d’environ 40 ans, vêtu d’une tenue sombre et d’un casque avec visière relevée, lui signifie de se pousser.

« Je lui ai dit calmement : “C’est une voie pour les bus et les vélos, pas pour les motos” », relate le cycliste. Olivier V. affirme que le motard lui rétorque à ce moment-là : « Je m’en fous, d’ailleurs, je suis de la police, mets-toi sur le côté », avant de le pousser de son bras droit alors qu’il est en train de rouler. Il raconte avoir « été projeté au-dessus » de son vélo après avoir heurté le trottoir, puis être « tombé violemment au sol ». (...)

Un certificat établi par un médecin le jour des faits relève des « lésions multiples » (...)

Après sa chute, le cycliste explique s’être « réfugié », « en état de choc », en contrebas du quai, dans un endroit inaccessible à moto : « Je voulais éviter d’être en contact avec ce monsieur surexcité et dangereux. » Pour lui, l’individu qui vient de l’agresser ne peut pas être un policier. Il affirme avoir ensuite entendu des piétons prendre à partie le motard, pendant qu’il mémorisait la plaque d’immatriculation. Et c’est là que l’affaire se complexifie.

Vidéosurveillance effacée (...)

Mais si, dans le cas de la Ligue des champions, la vidéosurveillance n’avait pas été réclamée par les autorités dans les temps - 7 jours – à la direction du Stade de France, la situation est ici différente : la plainte a été déposée le jour des faits, et les images captées par les caméras de la préfecture étaient immédiatement accessibles aux enquêteurs.

« Ce que je ne comprends pas, c’est que les collègues n’aient pas fait de recherches vidéo alors qu’il y a des caméras partout à cet endroit. » Une source à la préfecture de police

Il découvre aussi que le certificat de l’UMJ qui lui octroie 10 jours d’ITT n’a pas été versé au dossier (au-delà de 8 jours, les faits relèvent du délit, et par conséquent du tribunal correctionnel). On l’informe enfin à cette occasion que les faits dénoncés par sa plainte – « violence volontaire par personne dépositaire de l’autorité publique » – ne relèvent pas du STJA, uniquement compétent pour les accidents. (...)

La surprise d’Olivier V. monte encore d’un cran le 27 juin dernier, quand il est de nouveau convoqué au service du traitement des accidents en raison de « nouveaux éléments ». Un brigadier lui apprend qu’il est visé par une plainte du motard pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « refus d’obtempérer », déposée… le 28 avril, soit le lendemain de sa première convocation au STJA. On l’informe aussi que ce policier a fait un rapport à sa hiérarchie, daté, selon son auteur, du jour des faits. « Étrangement, le rapport d’Alexis Marsan daté du 16 mars est arrivé au STJA quand il a eu connaissance de la plainte contre lui, deux mois et demi plus tard », note la source de la préfecture. (...)

Sollicité par Mediapart, le parquet de Paris a indiqué que la plainte d’Alexis Marsan était « à l’analyse ». Concernant celle déposée par le cycliste le 16 mars pour violences, le parquet indique « qu’à la suite notamment d’un signalement de l’intéressé sur la plateforme IGPN, ce service a été saisi des faits le 4 juillet 2022 ». Trois mois et demi après son ouverture, l’enquête est donc finalement confiée à la police des polices.

Interrogé sur les détails de l’affaire et le déroulement de la procédure, Alexis Marsan n’a pas donné suite. (...)