Nous vivons une époque troublée où chacun exige de l’autre un certificat de pureté pour l’adouber… ou le rejeter. Dernier soupçon en date un buzz galopant sur la toile : Taubira serait amie avec un collaborateur — “collabo” ? — du journal Minute, photo à l’appui.
Les défenseurs de la garde des Sceaux volent naturellement au secours de leur protégée et tentent de démontrer le “hoax”. Pourtant l’essentiel ne me semble pas être là. Mais dans ce venin du soupçon (inoculé non sans intentions malveillantes par certains) qui empoisonne les relations entre membres d’un communauté en période de tourmente.
Nous sacrifions-là au syndrome pernicieux de l’écharde merdique sous la peau, un réflexe de protection contre des doutes et des incertitudes cuisantes. Haro sur les corps étrangers infectieux !
Le soupçon vaut rejet
Quoi, comment, Yéti, c’est toi qui parles de corps “étrangers” ? Ben oui, furet fureteur, nos échardes du moment sont un petit peu roms et islamistes sur les bords, non ? Comme elles furent juives ou tziganes en d’autre temps. On en a brûlés, fusillés ou tondus pour moins que ça.
Sans encore aller jusque-là, l’autre est sommé de rentrer dans nos critères de pureté (critères évidemment de plus en plus étriqués à mesure que monte notre peur). Condamnez-vous le tireur fou de Libé ? Les régimes syriens et iraniens ? N’avez-vous jamais serré la main à un membre du Front national ? Que pensez-vous des déclarations de Mélenchon sur le Tibet ?
On me fit remarquer récemment, à propos d’une vidéo de Jacques Fresco, que celle-ci avait été reprise dans un film (Zeitgeist) suspect de conspirationnisme et d’antisémitisme. Qu’importe si la vidéo et l’auteur en question ne pouvaient être soupçonnés eux-mêmes de telles vilénies. Le simple soupçon vaut rejet instinctif. (...)