L’ex-informaticien de HSBC est à l’origine de la fuite de documents révélant l’étendue d’un système de fraude fiscale. Ses soutiens craignent un échange contre des dirigeants catalans réfugiés en Suisse.
Le lanceur d’alerte franco-italien Hervé Falciani a été arrêté par la police espagnole, à la demande de la Suisse, mercredi 4 avril, alors qu’il s’apprêtait à participer à une conférence sur l’évasion fiscale, la protection des sources et le journalisme d’investigation à Madrid.
Cet ancien informaticien de la banque HSBC Suisse, qui avait dérobé en 2008 des fichiers portant sur 127 000 comptes appartenant à 79 000 clients de 180 nationalités, est à l’origine du scandale des SwissLeaks, qui a mis au jour des pratiques d’évasion fiscale et de blanchiment massives encouragées par la banque helvète. Mais, en novembre 2015, le Tribunal pénal fédéral suisse l’a condamné par contumace à cinq ans de prison ferme pour « espionnage économique ».
Son arrestation a provoqué la surprise et l’indignation en Espagne, où il séjourne régulièrement depuis sa première détention, à Barcelone en juillet 2012. A l’époque, la Suisse avait déjà lancé un mandat d’arrêt international à son encontre pour des délits présumés d’« espionnage économique, soustraction d’information et violation de secret commercial et bancaire ».
Mais le lanceur d’alerte n’avait passé que cinq mois en détention provisoire avant d’être remis en liberté provisoire et d’obtenir le statut de « témoin protégé ». Car après avoir collaboré avec la justice française, italienne et américaine, l’ancien informaticien aide la justice espagnole. Grâce à lui, le fisc a obtenu une liste de 659 évadés fiscaux, ce qui lui a permis de récupérer plus de 250 millions d’euros grâce à des procédures de régularisation. (...)
La justice espagnole devra donc à nouveau trancher sur une possible extradition en Suisse. Mais le contexte a changé. (...)
En France, grâce aux révélations de M. Falciani, HSBC Private Bank Suisse SA a été contrainte de régler une amende de 300 millions d’euros pour clore les poursuites engagées par la justice. La banque était accusée d’avoir aidé des contribuables français à soustraire au fisc plus de 1,6 milliard d’euros d’avoirs.