Un parcours très atypique que celui de Karim Azouz, le nouveau consul de Tunisie en France. Réfugié politique contre la dictature de Ben Ali, militant des quartiers « défavorisés » en banlieue parisienne, partie prenante du mouvement altermondialiste, animateur du Collectif des musulmans de France, adhésion au parti islamique Ennahdha… Tous ces combats ont façonné et enrichi ses convictions. Pour un nouveau défi : contribuer à la reconstruction d’un Etat « au service de tous et toutes », alors que, face à l’aggravation des inégalités, de nouveaux mouvements sociaux agitent la Tunisie post-révolutionnaire.
(...) la Tunisie est toujours secouée par de forts mouvements sociaux. Karim Azouz se dit conscient de tout ce qui reste à construire. « La dictature n’est plus là. Mais les inégalités sociales sont immenses. Dans certains domaines, la situation a même empiré. Notamment entre un littoral privilégié en matière de développement économique et l’intérieur du pays qui a décroché. » Il reconnaît que la mobilité sociale de son enfance n’existe plus, que l’enseignement public est au plus mal et que l’argent est devenu « l’étalon à travers lequel on évalue la dignité des gens et que l’on juge le parcours de chacun ». (...)
La tâche de l’Etat tunisien est herculéenne. Le pays affiche un taux de chômage officiel de près de 18%. Les femmes diplômées sont particulièrement frappées : 40% de chômage ! Une inégalité de genre particulièrement insoutenable alors que chaque année 70 000 personnes supplémentaires arrivent sur le marché du travail. L’économie informelle représente près d’un tiers du PIB et les inégalités sociales se doublent d’inégalités régionales. La démocratie tunisienne en construction arrivera-t-elle à relever ces défis ? « Les capacités pour y répondre sont en construction. Avec la chute de la dictature, c’est l’idée même d’Etat qui a été remise en cause. Nous devons mettre en place un Etat au service de tous et toutes. Au service du public, et non au service d’un parti, fut-il au pouvoir. C’est d’ailleurs en ce sens que j’oriente mes fonctions en tant que consul : je dois être au service de l’ensemble des 230 000 ressortissants tunisiens. »
Malgré ses nouvelles fonctions, Karim Azouz demeure profondément attaché à la légitimité du mouvement social. Il se réjouit de la tenue du prochain Forum social mondial (FSM) à Tunis en mars 2013.