Les insultes à répétitions visant Christiane Taubira sont le fruit d’un "racisme pur et dur" rappelant "l’Amérique des années 1930" ou "la France coloniale", estime dans Libération l’historien Pascal Blanchard.
Peu de responsables politiques ont réagi vivement aux insultes racistes contre Christiane Taubira. Interrogé sur la brutalité croissante des attaques contre la ministre de la Justice, l’historien Pascal Blanchard souligne que "l’erreur serait de penser que cette brutalité n’existait pas avant". "En réalité ce qui était invisible est rendu visible, un interdit a sauté", estime-t-il. "Des mots qui étaient il y a peu de l’ordre du scandale ou de l’interdit surgissent sur la scène publique : lors de manifestations ou dans les reportages télévisés. Ce qu’on entendait jusqu’alors dans les stades de foot - des cris de singe à l’entrée des joueurs sur le terrain, des phrases comme +il y a trop de Noirs dans l’équipe de France+ - est dit désormais tout à fait ouvertement contre une ministre."
Selon M. Blanchard, qui a notamment codirigé l’ouvrage intitulé "La France noire" (Edition la Découverte, 2011), les personnes qui profèrent ces injures racistes "ont l’impression que leur opinion est devenue la norme. Que la majorité des Français les soutiennent", notamment parce que "des intellectuels tiennent des propos islamophobes, des magazines font des unes du même acabit". "Ceux qui profèrent des propos racistes à l’encontre de Christiane Taubira lui reprochent d’être illégitime à son poste, non pas pour des questions de compétence, mais au nom de sa "race", qui serait inférieure et ne pourrait participer à la société politique", relève l’historien.
"C’est un racisme pur et dur, un racisme de peau, qui fait penser à l’Amérique des années 30 ou à la France coloniale (...)