Début juin dernier, Macron a annoncé la dissolution de l’Assemblée Nationale et la tenue d’élections législatives dans un délai excessivement court (trois semaines). Espérant jeter une “grenade dégoupillée” dans les jambes de ses adversaires, comme il le disait lui-même, le vent lui a ramené dans la tronche puisque non seulement son parti a perdu lamentablement ces élections, arrivant troisième en nombre de voix, mais en plus ce n’est pas son adversaire préféré, le RN, qui l’a finalement emporté, mais l’union de la gauche. Un mois après la dénouement de ce scrutin – la majorité relative du Nouveau Front Populaire – rien n’a changé : le gouvernement nommé par Macron est toujours au pouvoir. Il s’agit ni plus ni moins d’un coup d’Etat, ou plutôt d’un auto-Coup d’Etat : lorsque les personnes au pouvoir décident de ne plus jamais le rendre. Cette réalité est cependant totalement ignorée par la majeure partie des médias et peine à s’imposer dans le débat public. Comment est-ce possible ?
(...) Ainsi, Macron ne veut pas rendre le pouvoir, ou du moins le partager. (...)
Tout d’abord, il refuse de nommer la candidate de gauche au poste de Premier ministre. Ensuite, il a transformé le résultat des élections en décrétant, lors de sa dernière allocution télévisée, qu’il n’y avait pas de gagnant. (...)
Mais ce qui est sûr et certain, c’est qu’il y a un perdant, et Macron feint de l’ignorer : lui, son parti, son gouvernement. Le message des Français a été limpide : deux ans après une élection présidentielle où ils ont joué le jeu du “barrage” en choisissant Macron contre Le Pen, ils ne veulent plus de gouvernement pour le premier.
Et pourtant, le gouvernement reste. Pire, il continue de prendre des décisions qui affectent la vie des gens alors qu’ils n’ont plus de légitimité démocratique pour le faire (...)
Le journal Le Monde expose le plan de Macron sans s’en émouvoir, alors qu’il y aurait pourtant matière (...)
oser écrire “référendum tous les ans pour réfléchir aux institutions”, alors qu’un référendum est fait pour décider, pas pour réfléchir, et que Macron a déjà battu le record de fausses consultations bidons depuis 2018 sans rajouter “LOL”, c’est vraiment le stade Swiffer du journalisme politique. (...) “”
Sans avoir besoin de lire loin entre les lignes, les choses sont plutôt claires : malgré sa défaite à plate couture, Macron ne veut rien changer à la politique menée depuis 2017. Ses riches soutiens ne supporteraient pas la moindre avancée en termes de justice fiscale et sociale. Le 25 juillet, le président a même organisé un dîner avec les plus riches patrons du monde pour leur assurer que rien ne changerait. (...)
En 2015, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker disait au nouveau gouvernement grec, alors très à gauche, “il n’y a pas de choix démocratique contre les traités européens”. Macron a en fait donné aux patrons reçus à l’Elysée un message similaire “il n’y a pas de choix démocratique contre l’intérêt économique des grandes fortunes”. Depuis le début, la gauche n’était pas une option : dans le régime autoritaire français, les citoyens ont le choix entre la droite et l’extrême-droite. Le reste, c’est du “hors-jeu”. (...)
L’équation est donc, pour l’Elysée et les journalistes de la presse milliardaire qui le soutient, la suivante : comment faire en sorte de modifier notre sensation de démocratie au milieu d’un authentique virage dictatorial ? Quels vêtements porter pour nous faire croire à cette mascarade ? Quel type d’activité pratiquer pour parfaire l’illusion ?
Cette dernière question a trouvé sa réponse, ces derniers jours : Macron s’empresse d’aller embrasser, serrer, sécher les larmes, et pousser les enfants des champions olympiques pour espérer sans doute obtenir, par contamination, un peu de leur popularité. Il espère que la “trêve olympique” qu’il a lui-même décrétée fonctionne pour masquer la réalité de ce qu’il vient de se produire : un auto-Coup d’Etat, un putsch du garant constitutionnel des institutions démocratiques contre ses propres institutions.
Pour cela, il peut compter sur les médias mainstream (...)
Le bon réflexe à avoir, quand on vit dans un régime autoritaire, est d’aller voir ce que dit la presse étrangère de notre pays. Car s’il est une règle intangible du journalisme en régime bourgeois, c’est que les membres de cette corporation sont nettement plus prompts à qualifier de dictature les régimes qui se situent hors de leurs frontières. C’est logique : ils ont moins peur de vexer leur classe politique ou leurs milliardaires. Comme l’ont relevé nos confrères de Contre Attaque, le journal allemand centriste Die Zeit dit par exemple les termes : « Mais qui commande désormais, lors des Jeux Olympiques, qui sont regardés par des milliards de personnes à travers le monde ? Qui commande la police dans les stades ? Qui donne d’innombrables interviews en tant que ministre des Sports ? Qui, en tant que Premier ministre, a commenté les actes de sabotage massifs sur le réseau ferroviaire français ? C’est l’ancien gouvernement. La faction qui a reçu le moins de voix parmi les trois principaux blocs politiques au premier et au deuxième tour des élections législatives. » Tandis que le New York Times s’inquiète des germes d’une dérive autocratique (l’euphémisme reste de mise). (...)
Bientôt, comme à l’automne 2018, Macron et ses fans vont se retrouver nus et seuls face à la colère populaire. Ils ne pourront plus faire grand chose pour que leur déni décomplexé de démocratie n’apparaisse au grand jour. Nul doute qu’alors, à Paris comme ailleurs, la température ressentie par Macron et ses sbires augmentera sensiblement.