Lancée en 2016, la chaine TV franceinfo devait constituer un contre-modèle d’information en continue de service public. Faute de moyens notamment, cette ambition s’est considérablement étiolée, et les incidents éditoriaux se sont progressivement multipliés. Pour la CGT de France Télévisions, qui s’élève contre de nouveaux propos problématiques tenus à l’antenne, cette dérive est inacceptable.
« Humaniste » la droite chiraquienne ?
En guise de hauteur et de recul, les téléspectateurs ont eu droit ce jour-là à une succession de propos pour le moins problématiques. Ainsi, en commentant le décès de Bernadette Chirac, Nathan Devers a fait part de sa nostalgie d’une droite chiraquienne qualifiée d’« humaniste ».
S’il est exact, par exemple, que pour se faire réélire en 2002, Jacques Chirac a maintenu une distance marquée avec l’extrême droite (y compris pour des raisons tactiques), son positionnement a en réalité été très fluctuant en fonction de ses intérêts contingents. Rappelons, par exemple, les propos qu’il a tenu lors de son fameux discours d’Orléans le 19 ju
in 1991, alors qu’il cherchait à reconquérir une partie de son électorat déjà séduite par le FN : « C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Il devient fou. C’est comme ça. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. »
En matière de discours humaniste, on a connu plus convaincant…
On pourrait, encore, se souvenir que dans le système de fraude électorale massive (...)
On pourrait également rappeler la mise à mort de Malik Oussekine en 1986 par les brigades de « voltigeurs » créés sous l’autorité de Charles Pasqua, lieutenant indéfectible et alors Ministre de l’Intérieur du gouvernement Chirac. Une autre leçon d’humanisme profondément inspirante !
Bref, la liste des faits d’armes problématiques de Jacques Chirac et de ses soutiens est longue comme le bras (...)
La France gouvernée « à gauche » ?
Le même soir, le premier invité de la seconde partie de l’émission est Tugdual Denis, rédacteur en chef de Valeurs Actuelles. Il est reçu pour un livre dans lequel il étale notamment sa douleur d’avoir été stigmatisé pour avoir assumé publiquement ses convictions très droitières (tout en témoignant sans fard de la situation socioculturelle ultra privilégiée dans laquelle il a évolué depuis l’enfance). Si nous ne sommes pas là pour juger des blessures intimes de qui que ce soit, nous ne pouvons que constater le caractère factuellement douteux de certains propos tenus sans la moindre contradiction ni le moindre éclairage analytique en plateau. (...)
Pourtant, aucune ébauche de réflexion ne sera exprimée en plateau pour éclairer ses affirmations mensongères, que ce soit par nos deux intellectuels de choc (passés par Arte mais aussi par CNews) ou par la présentatrice. Une telle attitude, malheureusement, relève de la règle plutôt que de l’exception dans cette émission Le Pour et le Contre, si mal nommée faute de contradiction.
Une dictature criminelle qui en « vaut la chandelle »
Ce samedi soir, décidément riche en propos hasardeux, la seconde invitée est une consœur journaliste. Elle publie un livre consacré à une rwandaise visiblement admirable qui, elle-même victime, aide les femmes qui ont subi les violences sexuelles les plus atroces pendant la période du génocide à se reconstruire. En fin d’entretien, elle évoque le régime « autoritaire » de Paul Kagamé en des termes pour le moins étonnants : elle affirme, tout en mentionnant les assassinats de journalistes et les tortures dont sont victimes les opposants politiques, que « le jeu en vaut la chandelle » au regard de la stabilité actuelle du Rwanda et de sa situation économique en particulier.
Ces propos, indéniablement problématiques, dont on ne peut écarter l’hypothèse qu’ils relèveraient d’une expression malheureuse et mal maîtrisée plutôt que d’une intention relativiste, auraient néanmoins dû provoquer, même en fin d’émission, une réaction de la part de nos deux « intellectuels » ou de la présentatrice, afin de permettre l’émergence de précisions, de rectifications, ou au moins d’une prise de distance, indispensables. Une fois de plus il n’en a rien été.
Le Pour et le Contre : une émission problématique de longue date (...)
Certaines émissions ont provoqué tellement de commentaires en interne qu’il a très officiellement été demandé aux techniciens, légitimement choqués par un spectacle aussi consternant sur les antennes du service public, de garder leurs réflexions pour eux. Par ailleurs, quelques mois seulement après son lancement, une partie de l’équipe éditoriale originelle a changé d’affectation tant l’atmosphère est lourde autour de ce programme.
Devant une situation éditoriale, déontologique et professionnelle aussi catastrophique, la CGT de France Télévisions demande qu’une réflexion soit menée sans délai avec l’ensemble des équipes et que des décisions soient prises très rapidement afin, non seulement, que cette émission soit enfin en mesure de remplir sa mission initiale, mais également que les équipes techniques et éditoriales qui concourent à sa fabrication puissent retrouver des conditions sereines d’exercice de leur métier.