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"Je suis en CDI et je paie mes impôts comme tout le monde" : la galère d’un agriculteur sénégalais pour se faire régulariser en France
#France #Senegal #migrants #immigration
Article mis en ligne le 3 juin 2026
dernière modification le 29 mai 2026

Ibrahim, 28 ans, est Sénégalais. Arrivé en France en 2019, il a tenté d’obtenir l’asile, en vain. Depuis, malgré l’obtention d’un CDI il y a plus de deux ans et l’achat de terres pour ses propres cultures, il peine à obtenir un titre de séjour. Témoignage.

"Je suis venu en France en 2019 en passant par l’Italie. Quand je suis arrivé en février, j’ai déposé une demande d’asile à Marseille. J’ai étais logé dans un centre de Cavaillon, dans le Vaucluse.

Ma demande a été déboutée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Puis mon recours auprès de la Cour national du droit d’asile (CNDA) a lui aussi été rejeté.

Au total, la procédure a duré deux ans, c’était très long. Ces refus ont beaucoup perturbé mes plans car je voulais m’installer vite en France et devenir agriculteur. (...)

En Casamance, au Sénégal, ou j’ai grandi, nous étions agriculteurs et éleveurs. Nous avions du bétail, surtout des vaches. Mais à la mort de mon père en 2003, mon grand frère a commencé a vendre les animaux pour de l’argent. La situation était difficile. Nous n’avions plus rien. Donc je suis parti.

J’ai pris la route avec des Guinéens et des Gambiens vers l’Afrique du Nord et traversé la mer depuis la Libye vers l’Italie. Avant d’arriver en France, j’ai travaillé dans les champs en Italie car c’est que ce je savais faire. L’agriculture, c’est mon métier depuis que je suis petit, cela me semblait donc logique de poursuivre en France.
Démarches interminables (...)

C’est vraiment injuste. Je fais 10 km de vélo tous les jours pour aller travailler, du lundi au vendredi, 35h par semaine. Je gagne 1 700 euros par mois. Je travaille dans plusieurs boutiques, le magasin de producteurs, le magasin bio et le restaurant de mon patron.

Je suis motivé, je paye mes droits… Et je ne peux pas obtenir de titre de séjour. Je suis traité avec peu d’égard. Je n’ai pas le droit de recevoir alors que je donne. Ce n’est pas normal. Je ne trouble pas l’ordre public, je travaille, j’avance. (...)

J’ai une maison près d’Avignon (sud de la France) maintenant. Depuis six mois, je loue après avoir été hébergé pendant quatre ans par une amie rencontrée dans une association. Et j’ai aussi ma propre entreprise. Depuis l’année dernière, j’ai 2 000 m2 de terres qui m’appartiennent. J’y plante des oignons, des patates douces, des piments, etc... Je m’en occupe le week-end, sur mon temps libre. Je paye aussi le label bio, quasiment 500 euros par an.

J’ai même acheté un tracteur à un agriculteur près de chez moi le 16 mai dernier. C’est une vieille personne et sa famille ne veut pas reprendre son exploitation donc j’ai pu racheter son véhicule pour travailler sur mes terres.

Enfin tout ce que je veux moi, c’est pouvoir avancer. Investir en France. Même si je n’ai toujours pas de papiers et que j’ai l’impression qu’on ne me traite pas comme les autres citoyens, j’avance. Si j’attends, ils vont me retarder dans ma vie.

Je ne veux pas investir au Sénégal où je n’ai jamais vécu. Je veux investir en France. C’est ici que je suis, c’est comme chez moi, même si j’ai parfois l’impression qu’on ne veut pas de moi.

"Si un jour on me renvoie en Casamance, c’est tout mon monde qui s’effondre" (...)

Si un jour on me renvoie en Casamance, tout mon monde s’effondre. J’ai peur de retourner au Sénégal sans savoir ce que je pourrais y faire ni ce que j’y trouverai.

Je veux juste pouvoir stabiliser ma vie. Car cela n’a pas toujours été facile. J’ai vécu des trucs incroyables. Des trucs de fou. Vous verriez mon corps, il est couvert de marques et de cicatrices. On m’a beaucoup torturé sur la route. Beaucoup, beaucoup. (...)

Quand je suis arrivé en Libye, on nous mettait en prison ou on nous enfermait dans des maisons en tant que prisonnier pour nous rançonner de l’argent. (...)