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Club de Mediapart/ perrine.vasque Ancienne journaliste politique. En réflexion.
L’extrême droite veut ficher des pédocriminels qu’elle refuse de voir
#violencesSexuelles #enfants #extremedroite
Article mis en ligne le 24 juin 2026
dernière modification le 19 juin 2026

Depuis l’affaire Lyhanna, l’extrême droite a fait des propositions tous azimuts pour lutter contre la pedocriminalité. Mais sa vision conservatrice des rapports familiaux, et ses oppositions ou abstentions récurrentes au Parlement, maintiennent les enfants dans un système de domination qu’elle n’a en réalité aucune ambition de renverser. Un sujet délaissé car ethniquement désavantageux.

Il est désormais connu que les violences sexuelles sur les enfants ne connaissent aucune distinction d’origine sociale, de milieu sociaux-culturels, de capital financier. Les livres “La Familia Grande” de Camille Kouchner et plus récemment “Les hommes de la rue du bac” du journaliste Willy Le Devin nous le prouvent une fois de plus. Inspiré du témoignage de la fille d’un de ces hommes, Inès Chatin, “Les hommes de la rue du bac” raconte ces viols de pères, de beaux-pères, d’amis du père, commis dans les beaux quartiers parisiens. Des éditorialistes, des avocats, des écrivains, qui s’adonnent à de véritables organisations criminelles, de la Rue du Bac au Boulevard Raspail dans le très chic 6ème arrondissement de Paris.

LE BERCEAU DES DOMINATIONS

Les violences commises au sein de la famille représentent 77% des violences sexuelles perpétrées sur les enfants selon les estimations de la CIIVISE.
Ces chiffres sont une vérité que les classes politiques de droite dans leur ensemble refusent de voir. Car ils écornent une vision de société conservatrice, à ne toucher sous aucun prétexte. Un “c’était mieux avant” électoralement payant, qui fait de la figure de l’homme blanc le héros de la famille, non pas l’auteur de crimes odieux. Une société fantasmée contre des chiffres bien réels. (...)

Et tant pis si ce système maintient des déséquilibres dans les rapports familiaux et sociaux qui tendent à représenter les hommes à hauteur de 94% dans les mis en cause d’agressions sexuelles sur enfants. La maisonnée bienveillante, sécurisante et chaleureuse représente au moins autant la réalité pour une grande part des Français que la France éternelle prônée par Eric Zemmour.
La famille est le berceau des dominations selon l’anthropologue Dorothée Dussy qui expose ce concept dans ses travaux sur l’inceste en 2013 . Un concept repris récemment par Camille Kouchner, autrice de la Familia Grande. Car sans même parler de violence sexuelle, la famille est avant tout l’antre d’une éducation construite autour de rapports de domination : celle des adultes sur les enfants. Un microcosme pas toujours bienveillant où les blessures de parents, bien qu’attentionnés, les amènent à ne pas toujours être de “bons parents”. Où les rapports ne sont pensés qu’à l’aune du dominant aux dominés.
Au “tu ne me réponds pas !” quand un jeune enfant rabroué veut opposer un point de vue divergeant à celui de l’adulte, au très autoritaire “c’est comme ça et pas autrement !” qui éteint toute véilléité d’individualisation chez l’enfant. On se méfie des enfants, on les pare de tout plein de mauvaises intentions (...)

Le comportement compliqué d’un enfant part obligatoirement d’une souffrance ou d’un déséquilibre psychique. (...)

Ajoutez à ce rapport de domination infantile, une main mise globale de la masculinité sur à peu près tous les domaines de la société, et vous avez une impunité quasi totale de la possession du corps de l’autre par les hommes.

Mais ces réflexions qui remettent en cause l’image de la famille nucléaire née au 19ème siècle dans les milieux bourgeois, et qui structure toujours notre société aujourd’hui, ne sont pas entendables pour des partis de droite qui voient du laxisme dans tout ce qui ne porte pas la trace rouge d’une main d’adulte sur une petite joue d’enfant. Et surtout, ces réflexions n’ont pour eux aucun intérêt électoral. (...)

Lorsque l’actualité déverse son lot d’horreur au travers d’histoires d’enfants sauvagement assassinés par des personnes en situation irrégulière sous OQTF, le Rassemblement National et ses alliés remettent rapidement la lumière sur la politique migratoire du gouvernement.
Ainsi l’a prouvé Marine Le Pen lors de sa prise de parole dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale au moment de la mort atroce de la petite Lola, assassinée par Dahbia Benkired, une femme algérienne de vingt-quatre ans qui faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) au moment des faits. (...)

Un crime odieux mis en corrélation dans la bouche de Marine Le Pen avec d’autres délits, afin de massifier le problème de l’immigration illégale, au risque de raccourcis hasardeux. (...)