Il y a urgence à transformer l’éducation. C’est ce que nous disent les organismes internationaux : UNESCO (Organisation des Nations-Unies pour l’Education, la Science et la Culture), OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) et Union Européenne. L’urgence est telle qu’en septembre 2022, l’ONU a organisé un Sommet sur la transformation de l’éducation en réponse à la crise mondiale de l’éducation. Outre le constat sévère de l’inadaptation des systèmes éducatifs aux enjeux de ce siècle, ce sommet propose surtout des pistes concrètes pour opérer cette transformation, dans le sens de l’intérêt général de l’humanité.
Identifier la crise de l’éducation (...)
La formule de présentation donne le ton. « Le Sommet sur la transformation de l’éducation est organisé en réponse à une crise mondiale de l’éducation : une crise d’équité et d’inclusion, de qualité et de pertinence. Si l’impact de la crise est souvent lent et invisible, il n’en est pas moins dévastateur pour l’avenir des enfants et des jeunes du monde entier. (...)
Concevoir une éducation globale
Depuis sa création, l’UNESCO est initiatrice et observatrice de la transformation effective des systèmes éducatifs. Une partie des missions qui lui ont été confiées consiste à créer les outils d’une transformation de l’éducation allant dans le sens de l’intérêt général de l’humanité. Au vingt-et-unième siècle, il s’agit de la préservation de la planète et du vivant mais aussi de la dignité humaine (le fait que toute personne mérite respect et considération). Cela explique l’importance accordée au volet humain de l’éducation.
Forte de son expérience, l’UNESCO met en avant la question centrale de la perception collective du rôle de l’éducation, envisagée comme un préalable au changement. (...)
La vision de l’éducation posée par l’organisation onusienne facilite le consensus car elle n’est pas excluante mais fédératrice. Cette vision englobe, de façon large, différentes approches et conceptions de l’éducation que certains considèrent comme rivales. Concrètement, l’approche par compétences apparait complémentaire à l’acquisition des connaissances et des savoir-faire puisqu’elle permet leur mise en œuvre concrète donnant du sens aux apprentissages.
Considérer que le rôle de l’éducation est d’apprendre aux élèves à construire ensemble le monde de demain conduit à enrichir les attendus. Pour l’UNESCO, il s’agit de penser l’éducation de façon globale en prenant l’élève pour point de départ. Les apprentissages s’articulent alors autour du développement intellectuel, émotionnel, social, et physique de la personne tout entière. (...)
Dans cette optique, l’UNESCO propose deux référentiels de compétences. L’un concerne l’éducation à la citoyenneté mondiale, l’autre l’éducation au développement durable. (...)
Cette démarche globale est commune à d’autres organismes internationaux. (...)
Quand il s’agit de transformer l’éducation, ces approches ne peuvent être ignorées. Portées par les organismes internationaux, elles sont le fruit de longs processus de réflexion regroupant chercheurs et praticiens de l’éducation. Les attendus et les méthodes proposés sont inspirants et sont devenus des réalités dans de nombreux systèmes éducatifs.
Donner le pouvoir d’agir aux enseignants
Couvrant un champ large de compétences, l’éducation globale ne peut pas être limitative dans ses approches pédagogiques. Les théories de l’apprentissage ont montré que les chemins permettant d’accéder aux savoirs et à la maitrise des compétences sont nombreux et qu’ils diffèrent d’un élève à l’autre, d’un objectif d’apprentissage à l’autre, d’un contexte d’apprentissage à l’autre. Aussi, pour l’UNESCO, la meilleure façon de concevoir les méthodes pédagogiques est de varier les approches sans en écarter aucune et surtout de faire confiance aux enseignants. (...)
Le pouvoir d’agir désigne la capacité à définir soi-même son activité professionnelle dans un cadre établi. Concrètement, pour les enseignants, il s’agit de les laisser concevoir eux-mêmes les activités pédagogiques répondant aux attendus nationaux. Cela suppose de supprimer totalement l’univers prescriptif descendant, qui ne fait sens pour personne, en le remplaçant par un cadre stratégique s’inscrivant dans la durée. Il faudrait ainsi sortir d’une logique programmatique aboutissant à une forme de mécanisation de l’éducation et faire confiance aux enseignants pour qu’ils conçoivent collectivement l’activité éducative. Ce fonctionnement repose sur le dynamisme des réseaux éducatifs. Les bonnes pratiques sont diffusées de façon horizontale en étant constamment enrichies des adaptations proposées par ceux qui s’en emparent. La logique de la diffusion remplace celle de la prescription. (...)
L’univers des réseaux éducatifs est celui des ressources éducatives libres. Depuis plus de vingt ans, l’UNESCO alerte sur la tendance à la marchandisation rampante de l’éducation. Celle-ci porte en grande partie sur les supports d’apprentissage. (...)
Revoir les modalités de gouvernance
Donner le pouvoir d’agir aux enseignants suppose aussi de revoir les modalités de gouvernance des systèmes éducatifs. La conception des activités d’apprentissage relevant de la communauté professionnelle des enseignants, le rôle des autorités centrale consiste davantage à élaborer la stratégie éducative et à faciliter le travail des enseignants. Elaborer une stratégie éducative consiste à établir un diagnostic des conditions d’apprentissage afin de définir les axes d’orientation de l’activité éducative.
Les problématiques et enjeux éducatifs sont nombreux (...)
Mobiliser l’ensemble des parties prenantes
Echaudée par le manque de leadership des gouvernements et parfois par le manque de dynamisme des communautés professionnelles enseignantes, l’UNESCO cherche aussi à mobiliser les parties prenantes pour la transformation de l’éducation. Les parties prenantes désignent, au sens large, l’ensemble des acteurs de l’activité éducative. Elles englobent les élèves et les enseignants, bien sûr, mais aussi les parents d’élèves et le personnel non enseignant ainsi que tous les partenaires éducatifs extérieurs (...)
Pour l’UNESCO, la mobilisation des parties prenantes doit se faire à deux niveaux : le niveau mondial et celui des établissements scolaires. « Penser global, agir local », telle pourrait être la devise qui anime l’organisation onusienne. (...)