Des victimes des quatre coins du monde ont partagé leurs histoires lors d’une conférence au Luxembourg, les 26 et 27 mars.
Elles sont venues d’Irak et de Colombie, de Libye et du Kosovo, du Soudan du Sud et du Burundi, d’Ukraine et du Nigeria, de Bosnie, d’Ouganda, de Centrafrique, de République démocratique du Congo (RDC). D’autres pays encore, où elles sont en exil – Etats-Unis, Suisse, Pays-Bas, Suède – et où elles tentent d’oublier, de se cacher, de se soigner, ou simplement de survivre. Survivre aux viols que leur ont infligés des militaires, des miliciens, des policiers, des mercenaires, des guérilleros, des djihadistes. Survivre aux rapts, tortures, humiliations, mutilations subies pendant trois jours, pendant huit mois, pendant dix ans. Survivre aux blessures physiques et à la stigmatisation, à l’anéantissement et au rejet de leur communauté, parfois de leur propre famille. (...)
Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, le sait bien, qui accueille et soigne les femmes violées de son pays depuis deux décennies et dont la fondation a épaulé la grande-duchesse Maria Teresa pour organiser au Luxembourg, les 26 et 27 mars, la première conférence internationale sur les viols de guerre entièrement centrée sur les survivantes.
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La démarche était inédite. Jamais forum ne leur avait donné autant la parole. Jamais elles n’avaient été amenées à partager avec des experts leurs attentes et expériences de soins physiques et psychologiques. (...)
Elles étaient une quarantaine, issues de dix-huit pays ; mais elles disaient représenter des millions. Et la grande-duchesse, dans un appel solennel à la communauté internationale et aux dirigeants du monde pour qu’ils fassent de la lutte contre les violences sexuelles en temps de conflit une priorité absolue, a parlé d’« épidémie », d’« arme de destruction massive », de « bombe à fragmentation affectant plusieurs générations ».
« Tuer en laissant respirer »
C’est bien le sentiment qui l’emportait en entendant la multitude de témoignages, que les viols aient eu lieu dans les geôles syriennes ou dans la forêt congolaise, dans une chambre de Mossoul, dans des prisons iraniennes ou sur les nombreuses routes européennes, africaines ou sud-américaines de la migration. L’idée est toujours de soumettre et de terroriser, de s’approprier des richesses et des territoires, ou de faire disparaître un peuple ou une ethnie. Il y a planification et stratégie. Et l’horreur est sans limites.