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Rue 89
Egypte : « Les Frères musulmans sont dans la politique du pire »
Article mis en ligne le 14 août 2013

« Les Frères musulmans sont dans la politique du pire », estime Tewfik Aclimandos, chercheur associé à la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France. Depuis Le Caire où de très violents affrontements ont éclaté, ce mercredi 14 août, entre les partisans du Président Morsi et les forces de l’ordre, il analyse la situation politique de l’Egypte post-révolutionnaire.

Le gouvernement avait dit qu’il essaierait d’évacuer les deux campements de la place Nahda et de la mosquée Rabaa Al-Adawiya en évitant un bain de sang. Mais le bilan des victimes est déjà très élevé.

Rue89. Etes-vous étonné par la brutalité employée par les forces de l’ordre ?

Tewfik Aclimandos. Personne ne se fait d’illusion : les forces de l’ordre ne savent pas gérer les manifestants. Il faut ajouter que les Frères musulmans ne sont pas pacifiques. Ils se disent « ou nous mourrons en prison, ou nous mourrons sur la place publique, alors autant mourir en martyr ».

Il semble, même si les informations restent contradictoires, que les premiers à avoir tiré des balles réelles après l’assaut aux gaz lacrymogènes soient les Frères. En tous cas, beaucoup de manifestants Frères sont armés.

Et récemment, ils ont parlé de l’hypothèse de créer une armée libre sur le modèle de l’armée syrienne. Si l’armée pensait que cette menace était sérieuse, c’était trop risqué de la laisser courir. C’est une des raisons pour lesquelles l’armée aurait choisi d’intervenir.

Y a-t-il un risque de contagion de ces violences au reste du pays ? Un risque de guerre civile ?

Ça risque de dégénérer, mais il ne faut pas croire tout ce que disent les Frères, qui ont l’habitude d’exagérer. Ils sont minoritaires dans le pays, et encore plus au Caire. Ils ont certes gagné les élections, mais c’était en novembre 2011. En 2012, ils ont fait 25% au premier tour et 52% au second – face au général Chafik, qui n’était pas capable de rassembler.

Entre avril et fin juin, la population a appelé au secours l’armée, il y a eu au moins 8 millions de personnes dans la rue.

Quelle est l’issue politique possible ?

C’est une situation révolutionnaire, très mouvante, mais la seule chose certaine c’est que pour la présidentielle, les Frères sont hors-jeu et pour encore quelque temps, même si pour les législatives, ce sont les seuls qui ont un appareil.

Les gens qui ont voté pour eux sont très déçus et on peut dire que désormais, c’est une force qui fait pratiquement l’unanimité contre elle dans le pays. (...)

Tant que les démocrates continuent de se chamailler alors qu’ils sont probablement majoritaires dans le pays, on avance timidement vers le chaos. Le problème c’est que la seule force véritablement organisée dans le pays, les Frères musulmans, est anti-démocratique. (...)