Être femme, pauvre et africaine. Voici les trois critères favoris des vautours du microcrédit qui, sous prétexte de lutter contre la pauvreté et avec la bénédiction d’organismes comme les Nations Unies (PNUD), USAID ou encore la Banque européenne d’investissement, les escroquent, les endettent et les ruinent. Leurs victimes font l’objet de menaces et se voient même incarcérées, comme au Mali, elles perdent leur famille, tombent dans la prostitution, se suicident, comme au Maroc, ou se sont surendettées pour ne pas mourir sans pouvoir se payer une césarienne, comme au Congo Brazzaville. Désormais, les femmes africaines de divers pays conjuguent leurs forces pour se libérer de l’asservissement de la microfinance.
Fatimata Boundy est une enseignante retraitée malienne. Elle affirme que des dizaines de femmes sont incarcérées dans son pays faute de pouvoir faire face aux dettes découlant de microcrédits représentant environ 150.000 francs CFA (soit 228 euros). Ces femmes se consacrent généralement à une activité informelle, un petit commerce, de la vente ambulante, etc. Quand elles ne parviennent plus à payer les intérêts abusifs qui leur sont exigés, elles font l’objet de pressions et se voient confisquer leurs biens, voire même emprisonner. Aucun procès n’a encore eu lieu. « Nous avons lancé un appel à la solidarité internationale. Une rencontre de femmes se tiendra d’ailleurs au Mali en 2017 », nous assure Fatimata.
Cet événement fera suite à la Caravane internationale des femmes contre le microcrédit organisée dans la région de Ouarzazate au Maroc en 2014. Fatimata avait pu y écouter les témoignages de victimes marocaines. « Suite à ses dettes, l’une de ces femmes a perdu son travail et son mari. Son fils unique n’a alors eu d’autre choix que celui de partir à l’aventure. Je me suis mise à sa place et sa douleur m’a envahie. Ce jour-là, j’ai pleuré. », raconte-t-elle.
Fatima Zahra : « La finance internationale possède des intérêts stratégiques au Nord et au Sud. La pauvreté est son marché. » (...)
Émilie raconte que les entreprises de microcrédit vont jusqu’à donner publiquement à la radio les noms des femmes qui ne parviennent pas à rembourser leurs emprunts. Pour elle, « tout cela nous fait beaucoup réfléchir. Le FMI et la BM ont surendetté mon pays. Leurs programmes d’ajustement structurel ont poussé les femmes à contracter des microcrédits, financés de surcroît par la banque mondiale. Cet instrument les ruine, les mène jusqu’au surendettement et à l’appauvrissement. Il ne possède aucune dimension sociale et vise le seul profit. Désormais, la même austérité fait son chemin au Nord, une austérité qui n’entraîne aucun développement. Tous les peuples doivent se méfier de ces institutions de microcrédit, qui sont les petites mains de la banque mondiale. Il faut opérer un suivi strict de ces institutions et les éliminer. »