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Le silence tue
Retour sur les agressions islamophobes à Argenteuil
Article mis en ligne le 21 juin 2013

En guise d’appel au rassemblement silencieux contre l’islamophobie qui se tiendra samedi 22 Juin à 15H00 devant la sous-préfecture d’Argenteuil, suite aux violentes agressions islamophobes à répétition contre des femmes musulmanes portant le hijab, nous publions ce texte de Julien Salingue, initialement publié sur son blog Le pire n’est jamais sûr.

Lorsqu’elle entre dans un commissariat de banlieue parisienne pour dénoncer l’agression dont elle vient d’être victime, la jeune femme est, selon les témoins, sous le choc. Elle explique aux policiers qui enregistrent sa plainte qu’elle vient d’être agressée en plein jour, devant des témoins, par plusieurs individus munis de couteaux, qui ont entre autres lacéré ses vêtements et coupé plusieurs mèches de ses cheveux. Le caractère raciste des violences semble en outre avéré, l’un des individus ayant, durant l’agression, injurié la victime en raison de son appartenance religieuse (supposée). L’indignation nationale qui va suivre est à la hauteur du caractère particulièrement barbare de l’agression. Ou pas.

L’affaire est rapidement portée à la connaissance de la presse et du public, et les réactions politiques s’enchaînent dans les heures qui suivent, qui dénoncent sans détour cette agression (...)

Quelques jours plus tard, il s’est avéré que Marie L. était une affabulatrice, et qu’elle avait tout inventé : le feutre noir et les ciseaux seront même retrouvés au domicile de son compagnon. (...)

À l’exception du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) [4], aucune des principales organisations politiques du pays n’a, à ce jour, publié ne serait-ce qu’un communiqué national pour dénoncer les agressions islamophobes d’Argenteuil [5]. Et aucun dirigeant politique d’envergure nationale, sans même parler de la Présidence ou du Gouvernement, n’a condamné ces violences racistes.

Les plus optimistes estimeront que c’est parce que « l’affaire du RER D » encourage les responsables politiques à la prudence, et qu’ils ne manqueront pas de s’exprimer une fois que les circonstances des agressions auront été précisées. Rien n’est moins sûr. La (légitime) unanimité (du moins à gauche) lors de la mort de Clément Méric tend en effet à démontrer que les organisations de gauche sont capables de s’exprimer lorsqu’elles sont indignées par des violences à caractère politique, et ce sans attendre que les enquêtes soient terminées.

Les agressions d’Argenteuil s’inscrivent en outre dans une longue série de violences islamophobes, qui n’ont pas suscité davantage de réactions indignées de la part des organisations politiques ou des pouvoirs publics. Force est de constater que les individus « d’origine maghrébine » ou « musulmans d’apparence » provoquent l’indignation lorsqu’ils sont des agresseurs supposés, mais pas lorsqu’ils sont des victimes avérées. La hiérarchisation des réactions politiques en fonction de l’appartenance religieuse et/ou de la couleur de la peau des agressés et des agresseurs n’est rien moins que raciste. Et tous ceux qui refusent de condamner les agressions islamophobes en prétendant, contre toute évidence, que « l’islamophobie n’existe pas », devront un jour rendre des comptes, car un jour il y aura des morts.

Le silence assourdissant de ces derniers jours, dans un contexte d’évidente montée des violences racistes, notamment dirigées contre les musulmans, est en effet particulièrement inquiétant et révoltant. Car le silence tue.