Les violences exercées par une partie de la police à l’encontre des manifestants du mouvement social sont évidemment plus qu’un croche-pied, mais une atteinte caractérisée à l’État de droit. La réaction récente du pouvoir et des médias dominants signifie-t-elle qu’ils ont pris la mesure de la gravité de la situation, dangereuse pour eux ?
Depuis des mois, des années même, les manifestations du mouvement social sont sévèrement réprimées par les force de l’ordre (très nombreuses victimes pour lesquelles l’abus des policiers est attesté) : répression forte déjà lors de luttes contre la loi travail, sous François Hollande, amplifiée lors de la révolte des Gilets jaunes. Il est évident que les moyens employés ont dépassé les bornes et ne sont plus là pour faire face à une éventuelle violence de manifestants. Soit les policiers ont peur (certains d’entre eux ont été victimes de la violence, des terroristes, de criminels de droit commun ou de manifestants surexcités), soit parmi eux il y a des brebis galeuses d’extrême-droite ne supportant pas la chienlit, les revendications sociales et la contestation de l’autorité, soit ils reçoivent des ordres pour se comporter hors des règles de droit et obéissent. Ou les trois à la fois. (...)
Des personnalités reconnues, y compris par le pouvoir en place, ont lancé l’alerte (François Sureau, avocat, écrivain, dans un opuscule sans concession, Sans la liberté, paru chez Gallimard en septembre). France Inter, dans la matinale du 14 janvier, donnait la parole à Patrice Spinosi, avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation, spécialiste des libertés publiques, et qui a dit : « nous sommes en train de dilapider notre capital de liberté ». Certes les protestations apparaissent, enfin, quand les victimes portent une contestation largement partagée par l’opinion, alors qu’elles étaient bien discrètes à l’époque des Gilets jaunes et carrément silencieuses quand une violence arbitraire de la « violence légitime » s’exerce à l’encontre des habitants des quartiers. Voilà que Christophe Castaner, qui donne le sentiment, depuis qu’il est en poste, de se plier servilement aux policiers exigeant de lui un soutien sans faille, a osé parler d’« exemplarité » et d’« éthique ». Et Emmanuel Macron dit le lendemain qu’il attend des policiers et des gendarmes « la plus grande déontologie » !
Que se passe-t-il ? D’autres le diront mais ce qui est sûr c’est que cela a assez duré. Le comportement de la police ne relève plus, dans bien des cas, d’une République. Les méthodes employées ne font qu’accroître la violence générale, sans sanctions lors de bavures manifestes. Les débordements constatés justifieraient des poursuites par la Justice internationale. J’ose croire que des policiers n’approuvent pas d’être transformés ainsi en combattants de guerre, avec LBD et grenades meurtrières. A quand une police totalement républicaine, en qui le citoyen peut faire confiance, parce qu’elle est là pour protéger et non pour mater les révoltes populaires et pour blesser systématiquement les protestataires ? (...)
soudain un croche-pied pousse à l’introspection : peut-être parce qu’il apparaît comme un acte inutile, gratuit, humiliant ? Peut-être aussi parce qu’il est bénin et permet de passer sous silence les autres tellement plus graves à propos desquelles l’IGPN n’a pas fait son travail et pour lesquelles les autorités devront un jour rendre des comptes. Je rends hommage à David Dufresne qui a recensé toutes les exactions : le 14 janvier sur France 5 (C’est à vous), il rappelait les 25 éborgnés, les 5 mains arrachées et les 3 morts, sans parler des centaines de blessures à la tête. Il dénonçait alors le fait qu’on en parle parce qu’il y a des images, sinon il doute que ce serait le cas. Je rends hommage aussi aux journalistes qui ont continué à faire leur devoir, comme Emma Audrey qui a tant œuvré (Media25 et Radio Bip à Besançon) pour témoigner et dénoncer les violences policières (entre autres exploits, elle a filmé il y a quelques mois à Besançon, lors d’une manifestation des Gilets Jaunes, l’agression de Mathias par un policier, vidéo qui a mis en évidence les mensonges du Préfet, relayés par le ministre de l’intérieur en personne, alors même que ces autorités connaissaient les images qui prouvaient qu’ils mentaient). (...)