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le Monde Diplomatique
Renouveau du féminisme au Sud
Victoires éparses sur une oppression persistante
Article mis en ligne le 21 mars 2011
dernière modification le 19 mars 2011

Le prisme paternaliste à travers lequel est souvent perçu le sort des femmes d’Afrique, d’Asie ou du Proche-Orient a tendance à occulter les combats qu’elles mènent. Comme en Occident, leur condition, loin d’être un invariant culturel, fait l’objet de luttes visant à arracher de nouveaux droits et à mettre fin à des situations de violence ou de discrimination. En témoignent les exemples du Rwanda, de l’Afghanistan, de l’Inde et du Maroc.

Le retour sur l’histoire du féminisme qui a marqué l’année 2010, avec, en France, les quarante ans du Mouvement de libération des femmes (MLF), ne doit pas faire oublier les femmes du Sud, leurs luttes et leurs contributions au renouvellement du féminisme. On a tendance à en faire trop facilement des victimes, alors qu’elles sont souvent en révolte contre l’ordre établi et les inégalités qu’engendrent certaines traditions.(...)

Ainsi, sait-on que le seul pays au monde où les femmes sont majoritaires au Parlement est le Rwanda ?

Au cours de la période postgénocidaire, les femmes dirigent près du tiers des ménages, occupent des emplois autrefois réservés aux hommes, notamment dans les secteurs du bâtiment et de la mécanique, et adhèrent en nombre aux partis politiques. Elles participent à l’élaboration de la Constitution de 2001 et parviennent à y faire inscrire un système de quotas qui leur réserve 30 % des postes dans tous les organes de prise de décision, ainsi que le droit à l’héritage. Elles exigent également la création d’un ministère du genre et de la condition féminine, et réussissent à faire fonctionner des conseils nationaux féminins qui constituent un exemple de la représentation des femmes à chaque échelon du pouvoir (du quartier jusqu’au plus haut niveau de la nation). Au gouvernement, les ministères de l’industrie, de l’agriculture, des affaires étrangères et de l’énergie sont confiés à des femmes. Mais des difficultés persistent.(...)

Des femmes en burqa, brandissant des panneaux, sont venues lui manifester leur soutien à Farah, à Jalalabad et à Kaboul. Depuis, elle a été exclue du Parlement à la suite d’une interview télévisée où elle comparait l’assemblée afghane à un zoo.(...)

comme l’a relevé Human Rights Watch, « le gouvernement afghan et ses supporters internationaux n’ont pas tenu compte de la nécessité de protéger les femmes dans les programmes de réintégration des combattants insurgés et ont omis de garantir l’inclusion de leurs droits dans les pourparlers potentiels avec les talibans (4) ».(...)

Autre cas : l’Inde. L’Etat y a adopté le principe d’égalité entre les sexes et a intégré le concept de genre. « Aujourd’hui, les Indiennes bénéficient d’excellentes politiques publiques, analyse Mme Urvashi Butalia, qui tient depuis plus de vingt ans une maison d’édition féministe à New Delhi. (...)

Ce texte permet de protéger les femmes non seulement de la violence de leurs maris ou de leurs fils, mais aussi de leurs belles-familles, avec lesquelles elles cohabitent. Pour autant, le phénomène dramatique des dowry deaths (« morts pour dot insuffisante ») n’est toujours pas endigué.(...)

En outre, il manque en Inde près de quarante millions de femmes. Ce chiffre est d’abord dû à la pratique très développée du fœticide (...)

Dans les pays du Sud, qui ont été pour la plupart des colonies ou des protectorats, les pionnières du féminisme moderne sont issues, comme en Occident, des milieux marxistes. Mais c’est en s’opposant au colonialisme, à travers les luttes pour l’indépendance, qu’elles ont affirmé leur militantisme(...)

En Asie, au Maghreb et dans le reste de l’Afrique, ces premiers courants féministes nés des luttes nationalistes se caractérisent par des valeurs laïques et universalistes.(...)

Les plus ardents défenseurs de la laïcité dénoncent une manipulation du combat des femmes au profit de l’islam politique fondamentaliste. Pourtant, explique Badran, «  le féminisme islamique est au cœur d’une transformation qui cherche à se faire jour à l’intérieur de l’islam.(...)

Badran constate, au sein de la culture musulmane, une convergence entre féminismes laïque et islamique, qui « s’explique avant tout, précise-t-elle, par la communauté d’objectifs : débarrasser l’islam de la domination masculine et réaliser l’aspiration à un islam égalitaire, en particulier au sein de la famille (10) ». (...)

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