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Marie-Claude Saliceti
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Amnesty International
Amnesty International réclame l’annulation de la fermeture du bureau de SOS Disparus à Alger
#Algerie #SOSDisparus
Article mis en ligne le 23 mars 2026
dernière modification le 22 mars 2026

Le 16 mars 2026, vers 13h30, une cinquantaine de policiers en uniforme se sont présentés au siège algérois de SOS Disparus. Munis d’une décision de fermeture datée du 12 mars et signée par le gouvernorat d’Alger, ils ont mis sous scellés les locaux de l’organisation. Le prétexte avancé : l’absence d’enregistrement officiel. Pour Amnesty International, qui a réagi le lendemain même, il s’agit d’une décision politique destinée à étouffer les dernières voix réclamant vérité et justice pour les disparus de la décennie noire.

SOS Disparus n’est pas une association comme les autres. Créée en 2001 comme antenne algéroise du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA), elle est née du combat d’une femme : Nassera Dutour, dont le fils Amine Amrouche, 21 ans, a disparu en janvier 1997 à Baraki, en banlieue d’Alger. Depuis Paris, où elle avait fondé le CFDA en 1998, elle avait rassemblé autour d’elle des familles confrontées au même drame. Au fil des années, l’organisation a constitué minutieusement des dossiers sur les disparus, recensant à ce jour 8 000 cas. La Ligue algérienne des droits de l’homme, elle, parle de 20 000 disparitions. Le Centre international pour la justice transitionnelle estime que le conflit des années 1990 a laissé quelque 150 000 morts et au moins 7 000 disparus.

Pendant près de trois décennies, les autorités ont refusé d’enregistrer l’organisation tout en la laissant opérer. Ce paradoxe calculé a finalement servi de prétexte à sa fermeture. (...)

Elle refusait de se plier au silence imposé par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, adoptée par référendum en 2005 sous Bouteflika, qui avait organisé une amnistie généralisée pour les forces de sécurité et les groupes armés, menaçant de prison quiconque oserait contester l’oubli officiel.

La mise sous scellés de mars 2026 s’inscrit dans une séquence de pressions qui s’est accélérée depuis deux ans. En février 2024, les locaux avaient déjà été encerclés pour empêcher la tenue d’une conférence sur la justice transitionnelle. En mai 2025, le site internet de l’organisation est devenu inaccessible depuis l’Algérie. Puis est venu l’épisode le plus brutal : le 30 juillet 2025, Nassera Dutour, munie de son passeport algérien, débarque à Alger, se présente à la douane, est retenue plusieurs heures, puis renvoyée vers Paris sans qu’aucune justification ne lui soit fournie. Ses passeports lui sont confisqués, puis restitués à bord du vol retour. Le procès-verbal de refoulement ne porte ni signature ni motif, en violation directe de l’article 49 de la Constitution algérienne, qui garantit à tout citoyen le droit d’entrer sur son propre territoire. De retour en France, elle a saisi le tribunal administratif d’Alger. Le ministère de l’Intérieur, pourtant dûment notifié, n’a à ce jour transmis aucune réponse à la juridiction.

Aussi, la fermeture de SOS Disparus prolonge une liquidation méthodique de la société civile indépendante. (...)

Amnesty International réclame l’annulation immédiate de la fermeture et rappelle que le droit international protège les associations enregistrées ou non. “Aux termes du droit international, le droit à la liberté d’association protège les groupes enregistrés ou non, et aucune association ne devrait être sanctionnée ou fermée parce qu’elle fonctionne sans reconnaissance officielle”, rappelle Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. (...)

Nassera Dutour, elle, n’a jamais varié. “Les dossiers sont dans une base de données qu’on ne peut pas détruire. On a préparé la relève, même après notre mort, on va continuer à réclamer la vérité”.