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Marie-Claude Saliceti
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Courrier international
La traite transatlantique reconnue “plus grave crime contre l’humanité” : “un pas de géant”
#esclavage #traiteTransatlantique
Article mis en ligne le 30 mars 2026
dernière modification le 27 mars 2026

Votée le 25 mars par l’Assemblée générale des Nations unies, la résolution, portée par le Ghana et adoptée grâce aux voix de 123 pays, qualifie la traite transatlantique des Africains de “crime le plus grave contre l’humanité”. Pour “Le Pays”, ce vote confirme que l’enjeu mémoriel autour de l’esclavage reste fondamental pour les Africains.

Déjà exposée à la faveur de la 80e Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, l’initiative du Ghana visant la reconnaissance de la traite des esclaves n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. En effet, l’Organisation des nations unies (ONU) l’a adoptée le 25 mars dernier.

Soutenue par l’Union africaine, la Communauté des Caraïbes et les populations d’origine africaine, elle entend marquer la rupture définitive que la traite a provoquée dans l’histoire mondiale. Pour rappel, entre le XVe et le XIXe siècle, plus de 12 millions d’Africains ont été déportés vers les Amériques et les îles atlantiques. Nombreux sont ceux qui ont péri durant ce périple. (...)

Et ceux qui ont survécu ont été soumis à des travaux forcés, traités qu’ils étaient telles des bêtes de somme. C’est donc dans le souci d’honorer la mémoire de toutes ces victimes que le Ghana a déposé auprès de l’ONU un projet de résolution, estimant que la traite atlantique a été le “crime le plus grave contre l’humanité”.

Une résolution ne suffira pas (...)

En tant que membres permanents de l’ONU, et en tant qu’anciennes puissances coloniales, des pays comme la France et le Royaume-Uni auraient pu user de leur droit de veto pour bloquer l’adoption d’une telle loi qui les met d’une manière ou d’une autre face à leurs responsabilités historiques. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’adoption de cette résolution par l’ONU est un pas de géant pour le continent noir mais aussi pour toute l’humanité.

Maintenant que l’ONU a franchi le pas, quelle sera la suite pour le continent africain en matière de réparations ? (...)

Certes, certaines puissances coloniales ont déjà reconnu les erreurs par elles commises sur le continent africain, mais il en faut plus pour solder ce lourd passif. N’est-ce pas d’ailleurs la question mémorielle qui oppose, depuis de longue date, Paris à Alger, qui, naguère a voté une loi criminalisant la colonisation française ? Il en est de même entre la Belgique et ses ex-colonies que sont la République démocratique du Congo et le Rwanda, où ont été enregistrées [certaines] des pires atrocités de l’histoire du continent noir. On peut multiplier les exemples, tant il en existe à gogo.

Comprendre le présent dans le rétroviseur de l’Histoire (...)

que font les grandes puissances qui composent l’instance décisionnelle de l’ONU face à certaines atrocités injustes et injustifiées ? On est tenté de répondre : pas grand-chose, surtout quand on sait que certains, parmi les membres permanents de l’ONU, se comportent eux-mêmes en chefs de guerre. Les cas ukrainien et iranien sont fort éloquents. À vrai dire, on a parfois envie de dire que tout n’est que pure hypocrisie ici-bas, où les positions des uns et des autres fluctuent en fonction de leurs intérêts. (...)


image : Gustavo La Rotta Amaya, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons