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Marie-Claude Saliceti
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Course à l’armement nucléaire : la France accélère
#Macron #armeNucleaire #Europe #ICAN
Article mis en ligne le 5 mars 2026

Le 2 mars, Emmanuel Macron a annoncé l’augmentation de l’arsenal nucléaire, et la mise en place d’une « dissuasion avancée » pour protéger ses alliés européens. Des mesures qui enterrent le traité de non-prolifération des armes.

le président de la République a annoncé la mise en place « progressive » d’une « dissuasion avancée », nouvelle doctrine ambiguë suggérant que la France pourrait protéger ses alliés européens. Ces derniers pourraient ainsi « participer aux exercices de dissuasion » et « le déploiement de circonstances, d’éléments de force stratégique » pourrait être mis en œuvre « chez nos alliés ».

Déjà, en février 2020, il avait laissé entendre que les intérêts vitaux de la France dépassaient ses propres frontières. Huit pays européens se seraient montrés intéressés par cette démarche : l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.
La Chine et le Royaume-Uni augmentent leur arsenal nucléaire

Ce discours d’Emmanuel Macron, attendu depuis plusieurs mois, s’inscrit dans un monde de plus en plus conflictuel où la menace nucléaire s’accroît. (...)

Depuis l’invasion de l’Ukraine, le président russe Vladimir Poutine a régulièrement agité la menace nucléaire à l’encontre de l’Europe. Le Kremlin a ainsi, en novembre 2024, renforcé par décret sa doctrine nucléaire.

Désormais, toute attaque menée par un État non nucléaire, mais avec le soutien ou la participation d’un État nucléaire, pourrait être considérée comme une agression conjointe pouvant justifier une riposte nucléaire — une référence évidente aux soutiens militaires occidentaux à l’Ukraine. Dans ce contexte, le second mandat de Donald Trump à la tête des États-Unis, qui a conduit à un affaiblissement de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord), inquiète l’Union européenne et l’encourage à renforcer sa défense.

Des mesures contraires aux traités

En parallèle, les traités qui encadrent et limitent les arsenaux nucléaires apparaissent largement fragilisés et le « champ de règles nucléaires » est devenu un « champ de ruines », a déploré Emmanuel Macron dans son discours. Signé et ratifié par 191 États et entré en vigueur en 1970, le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) repose sur trois piliers : la non-prolifération, le désarmement nucléaire et l’usage pacifique de l’énergie nucléaire. (...)

Depuis l’invasion de l’Ukraine, le président russe Vladimir Poutine a régulièrement agité la menace nucléaire à l’encontre de l’Europe. Le Kremlin a ainsi, en novembre 2024, renforcé par décret sa doctrine nucléaire.

Désormais, toute attaque menée par un État non nucléaire, mais avec le soutien ou la participation d’un État nucléaire, pourrait être considérée comme une agression conjointe pouvant justifier une riposte nucléaire — une référence évidente aux soutiens militaires occidentaux à l’Ukraine. Dans ce contexte, le second mandat de Donald Trump à la tête des États-Unis, qui a conduit à un affaiblissement de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord), inquiète l’Union européenne et l’encourage à renforcer sa défense.
Des mesures contraires aux traités

En parallèle, les traités qui encadrent et limitent les arsenaux nucléaires apparaissent largement fragilisés et le « champ de règles nucléaires » est devenu un « champ de ruines », a déploré Emmanuel Macron dans son discours. Signé et ratifié par 191 États et entré en vigueur en 1970, le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) repose sur trois piliers : la non-prolifération, le désarmement nucléaire et l’usage pacifique de l’énergie nucléaire.

« Or, toutes les mesures qu’[Emmanuel Macron] a annoncées aujourd’hui vont dans le sens de la destruction du TNP, en tout cas de la perte de sa crédibilité, déplore Jean-Marie Collin. Et si la France contribue à faire perdre la crédibilité à ce traité, il est évident que la Chine et la Russie avanceront dans ce sens. Ce traité risque alors de mourir. Et cela, ce serait un vrai drame. »

Le traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Tice), adopté le 10 septembre 1996 par l’Organisation des Nations unies, n’est toujours pas entré en vigueur, faute d’avoir été ratifié par plusieurs États clés tels que les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Iran, Israël et la Corée du Nord. (...)

« Emmanuel Macron explique qu’il croit que la dissuasion assure la sécurité. Mais c’est une croyance, tranche Jean-Marie Collin. Rien ne nous le confirme. Annoncer l’augmentation de l’arsenal nucléaire, la fin de la transparence, cette notion de dissuasion avancée ne peut que créer, de la part des adversaires, des réactions hostiles. Cela ne peut conduire qu’à une augmentation du nombre d’armes nucléaires dans le monde, à davantage d’insécurité et à un manque de confiance. »

Enfin, ces annonces sont d’autant plus problématiques qu’elles n’ont pas fait l’objet d’un débat et d’un vote du Parlement. Le porte-parole et directeur d’Ican France a ses propres préconisations pour renforcer la sécurité française et mondiale : rester dans la situation actuelle ; être transparent sur son arsenal ; participer comme État observateur à la conférence d’examen du traité sur l’interdiction des armes nucléaires ; promouvoir le désarmement au sein de l’Union européenne ; et reconnaître les conséquences des essais nucléaires menés par la France.