Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
Dans le nord-est de Paris, plus de 800 migrants vivent dans le dernier campement "historique" toléré par les autorités
#Paris #exiles #migrants #immigration #campements
Article mis en ligne le 23 mai 2026
dernière modification le 21 mai 2026

Environ 800 migrants, majoritairement soudanais, érythréens et afghans, vivent sous la ligne 2 du métro aérien de Paris entre les stations Colonel Fabien et La Chapelle. Ce campement est le dernier toléré par les autorités. Les associations reconnaissent que le "harcèlement policier", dénoncé ces dernières années a cessé. Elles réclament toujours une prise en charge de ces exilés. Reportage.

(...) "Si vous venez d’Afghanistan, du Soudan, d’Érythrée… et que vous arrivez en France pour demander une protection, vous ne trouverez pas de lieu de premier accueil. Donc on se retrouve ici dans des conditions immondes", explique Paul Alauzy, coordinateur chez Médecins du Monde (MdM), qui chaque lundi installe sa clinique mobile pour prodiguer des soins aux exilés à la rue. (...)

Ici, c’est le nord-est de Paris. Des dizaines de tentes ont été érigées sous le métro aérien de la ligne 2. Environ 800 personnes vivent dans ce campement informel, entre les boulevards encombrés de la Chapelle et de la Villette, sous un pont où résonnent le brouhaha de la ville : les sirènes de police ou de pompier et les klaxons des automobilistes. La majorité des occupants sont originaires du Soudan, d’Érythrée et d’Afghanistan. (...)

"C’est un lieu historique. Les exilés étaient déjà là il y a 10 ans", constate Yann Manzi, fondateur d’Utopia 56. L’association organise régulièrement des maraudes dans le camp pour y distribuer des tentes et des couvertures. "Quand tu arrives en France, tu vas à La Chapelle. C’est un endroit ancré dans le parcours d’exil des personnes", observe le militant associatif. (...)

Dans le camp, on croise tous les profils. Des primo-arrivants, des "dublinés" (personnes dont la demande d’asile dépend du premier pays d’arrivée en Europe), des exilés déboutés de leur demande d’asile mais non expulsables (en raison de leur nationalité), et aussi quelques réfugiés statutaires. D’autres sont en transit pour Calais, avec l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni.
"On a déplacé le problème"

Ce lieu de vie insalubre, fait de tentes, de cabanes de fortune, de canapés et matelas délabrés, est le dernier gros campement toléré par les autorités à ’intérieur de Paris. Ces dix dernières années, l’État pratique une politique du "non point de fixation" consistant à démanteler tout nouveau camp qui s’installe. Les associations ont à maintes reprises dénoncé cette pratique et le "harcèlement policier" à l’encontre des migrants, constamment réveillés tôt le matin pour être délogés, parfois dans la violence.

En 2020, les exilés étaient même repoussés en dehors des trottoirs parisiens, jusqu’en Seine-Saint-Denis, dans le département voisin (...)

Au total en 10 ans, les lieux de vie informels du nord-est parisien ont connu près de 400 opérations de d’évacuations, d’après les chiffres de MdM. (...)

"C’est moins pire qu’avant"

Reste que des évacuations suivies de "mises à l’abri" sont organisées néanmoins par l’État mais nombre de migrants refusent d’aller dans les centres. Beaucoup n’y restent que quelques jours avant d’être remis à la rue, en raison de leur statut administratif.

Ils se réinstallent donc au même endroit quelques heures plus tard, sans être chassés pour autant par la police. Les autres reviennent quelques jours plus tard. "Je suis allé deux fois dans des centres mais au bout de deux semaines ils me disent de partir donc je reviens toujours ici", dit Ahmed Ibrahim, un Soudanais de 22 ans.

"On a déplacé le problème et le problème est revenu dans Paris", note Paul Alauzy de MdM. Si bien que le campement n’a cessé de grossir au fil des mois. (...)

Un nouveau centre humanitaire ?

Élu nouveau maire de Paris en mars dernier, Emmanuel Grégoire, du Parti socialiste (PS), assure travailler à des solutions pour mettre fin à ce type de camp. Depuis son élection, il s’est rendu à deux reprises dans le quartier de Stalingrad pour rencontrer riverains et associations. (...)

"On espère que les promesses faites lors des municipales vont être tenues, et que dire les choses bougent rapidement afin que cesse ce cycle infernal de ces lieux de vie informels", prévient Paul Alauzy. Mais pour mener à bien son projet, Emmanuel Grégoire doit pouvoir compter sur l’État, compétent en la matière, qui ne "semble pas vouloir changer sa politique", souffle Yann Manzi.