Selon un rapport publié lundi 1er juin par Amnesty International, les États du Golfe ont arrêté plus de 1 000 personnes dans le cadre d’une vaste campagne de répression contre la liberté d’expression en lien avec la guerre, notamment pour avoir relayé des contenus en ligne ou exprimé des opinions sur les attaques américano-israéliennes contre l’Iran. L’organisation de défense des droits humains précise qu’au Koweït et à Bahreïn, des citoyens ont même été déchus de leur nationalité en représailles, et d’autres ont écopé de peine de prison allant de trois à dix ans. La présidente d’Amnesty International France, Anne Savinel-Barras, répond aux questions de RFI.
RFI : Depuis février et le début des attaques américano-israéliennes contre l’Iran, d’autres pays de la région – le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et Oman – émettent des avertissements généraux à leurs citoyens contre le partage de contenu en ligne et restreignent largement les libertés publiques – comme si la guerre au Moyen Orient avait servi de prétexte. Comment peut-on l’expliquer ?
Anne Savinel-Barras : Disons que nous sommes habitués aux pratiques autoritaires dans ces pays du Golfe. Nous sommes à nouveau sur une pratique tout à fait autoritaire de contrôle de l’information, en bridant le journalisme indépendant et en acceptant uniquement les sources officielles qui sont proches du pouvoir. Ceci n’est pas étonnant compte tenu des enjeux pour ces pays – notamment en matière de conservation de leur image, puisqu’ils revendiquent depuis un moment le fait d’être des lieux sûrs. Donc, forcément, ils sont considérablement impactés par la guerre.
De plus, on a déjà, dans ces pays, ou en tout cas dans la plupart d’entre eux, des problématiques de respect de la liberté d’expression et d’opinion. Pour certains, Amnesty International l’a déjà fait remonter et l’a déjà dénoncé.
Aussi, il y a une certaine volonté d’instaurer ce climat de peur et de confusion en même temps, puisque, comme les informations ne passent pas, le climat de peur peut empêcher les citoyens et les citoyennes, à la fois de s’informer les uns les autres, mais aussi de pouvoir exprimer leur opinion, que ce soit vis-à-vis des attaques américaines et israéliennes sur l’Iran, ou des intentions de solidarité envers le peuple iranien ou même d’hommage. On l’a vu, même des personnes qui voulaient rendre hommage au Guide suprême qui a été tué ont été arrêtées pour cette raison. (...)
Tout est pensé pour être maîtrisé, pour qu’il n’y ait que la parole officielle de l’État qui puisse avoir sa place. C’est effectivement gravissime pour la liberté d’informer, mais aussi pour la liberté d’être informé. (...)
Il n’y a pas de possibilité non plus d’interroger les témoins, parce que les citoyens n’ont pas le droit de dire ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont entendu. (...)