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Dans leur miniferme, ces éleveurs bretons vivent en quasi-autonomie
#agriculture #elevage #alternatives
Article mis en ligne le 29 août 2025
dernière modification le 26 août 2025

Serait-ce la plus petite ferme de France ? Depuis 25 ans, Nathalie et Roger vivent en quasi-autonomie avec 8 vaches sur une ferme de 12 ha, en Bretagne. Ils y fabriquent des produits laitiers qu’ils vendent en circuit court.

Chaque soir, à l’heure de la traite, la ferme de Roger et Nathalie Abalain, à Plouharnel (Morbihan), ouvre grand ses portes. Les curieux, locaux ou de passage, s’invitent alors dans la mini-étable, où huit petites vaches attendent paisiblement leur tour. Ici, pas de salle de traite ou de robot dernier cri. Seulement l’odeur du foin et le tac tac répétitif de la trayeuse mobile.

Alors que Nathalie, 58 ans, s’occupe de la vente dans la petite boutique de la ferme, Roger, 55 ans, sabots au pied, trottine de l’étable au laboratoire de transformation avec les pots de lait remplis, en lançant des boutades à la petite dizaine de visiteurs présents. « On représente un peu le cliché des fermes qu’on voit dans les livres pour enfants, avec le fermier qui s’occupe de quelques vaches. Aujourd’hui, c’est très loin de la réalité des exploitations laitières en France », reconnaît le paysan.

Pour lancer leur projet, en 2000, le couple avait un modèle : celui de la petite ferme des grands-parents de Roger, où l’autonomie était la règle. « Ils faisaient tout eux-mêmes. C’est ce qu’on a voulu essayer de retrouver avec cette ferme. »

Grâce à leur potager, au lait de leurs vaches et à la viande des quelques veaux qui naissent chaque année, ils sont autosuffisants à 85 %. « On achète quand même la farine pour le pain, le sel, les pâtes, le riz », liste Nathalie. « On a essayé de faire nos propres céréales, mais ça nous prenait trop de temps. Avec l’expérience, je peux dire qu’à deux, l’autonomie totale, c’est impossible », ajoute Roger. (...)

Le couple est autonome en eau grâce à un récupérateur d’eau de pluie de 50 m3 et en énergie « à 90 % » grâce aux panneaux solaires qui tapissent le toit de l’étable et du laboratoire de transformation, orientés plein sud. Ils permettent d’alimenter en électricité le bâtiment agricole et la maison du couple.

Et les 10 % restants ? « On achète de l’essence pour la voiture et du fioul pour le tracteur », détaille Roger. Mais le vieux tracteur ne sort pas si souvent de son hangar. Comme ses grands-parents avant lui, le paysan préfère utiliser la traction animale, grâce à Quadridge, le cheval de trait de la famille. (...)

« On vit en cohérence avec le cycle de la nature. En hiver, il y a moins d’herbes à pâturer, mais comme les vaches ne produisent plus de lait, elles ont moins besoin de protéines », détaille Roger, qui est membre de l’Union Bretonne Pie noir, une association qui tente de sauvegarder la race.

Une réussite qui dérange

La production reprend généralement au mois de février. Et avec elle, les journées au labo de transformation, où le lait riche des Bretonnes Pie noir devient des yaourts, du fromage, de la confiture, du riz au lait… Ou du gwell, un produit à base de gros-lait fermenté. (...)

Ce produit artisanal a fait la renommée de la ferme. Dans la petite boutique que tient Nathalie chaque soir et sur le marché de Quiberon sur lequel ils ont un stand depuis plus de vingt ans, c’est devenu leur produit phare. (...)

Tout quitter pour s’installer en Bretagne, au début des années 2000, n’a pas été simple pour le couple. Roger, informaticien de métier, a dû se former à l’agriculture, tout comme Nathalie, qui travaillait dans le secteur automobile. Pas de subvention, pas de prêt car la banque ne jugeait par leur projet viable... Leur solution a été de vendre la voiture de Nathalie pour réussir à acheter leur ferme, qui est aussi leur lieu d’habitation. Aujourd’hui, ces parents de trois enfants ont gagné leur pari.

Pas de dette, pas d’emprunt à rembourser, ni de contrat à honorer ou de quotas à respecter. « Certains sont furieux contre nous, ils ont l’impression d’un retour en arrière et ne comprennent pas qu’on réussisse à vivre de notre activité. Pour eux, il faut que ce soit toujours plus gros, toujours plus grand. On ne veut pas de notre système, car on vit pour nous, alors que les agriculteurs produisent pour l’industrie », regrette Roger.

Face au succès de leurs produits, vendus uniquement en circuit-court, le couple a quand même hésité à produire plus, avant de renoncer. (...)

Le couple a dû s’affranchir du jugement des autres. Et mener son projet dans son coin, en acceptant d’être considéré à la marge. « On m’a traité de rigolo, on m’a dit que mon projet n’était pas viable quand je me suis installé, pourtant vingt-cinq ans plus tard, je suis toujours là ! », dit Roger. Une vie en opposition à la course à l’agrandissement et au productivisme dans laquelle sont poussés bien des agriculteurs, avec son corollaire d’ennuis et notamment un fort endettement. (...)

Alors que les fermes des alentours s’éteignent les unes après les autres, faute de repreneurs, celle de Roger et Nathalie n’est pas en danger. La fille aînée du couple envisage de prendre la relève quand ses parents passeront la main