Isolés et exposés à des nuisances environnementales, les équipements réservés aux gens du voyage dans le département reflètent plus de vingt ans d’inertie de la politique d’accueil, d’après des documents exclusifs obtenus par StreetPress.
Entre 300 et 400 euros : c’est ce que paient chaque mois les résidents de l’aire d’accueil des gens du voyage de Cournonterral (34), dans l’Hérault, pour un morceau de terrain dont les travaux restent inachevés malgré son ouverture en 2023. « C’est cher pour une aire aussi sommaire », déplore Joseph (1), venu s’installer il y a quelques mois. Sur l’emplacement de sa caravane, occupé par sa famille, un mur en parpaing sans revêtement délimite un très modeste coin cuisine. Les toilettes sont en panne. Et le sol est inondé, faute d’un écoulement des eaux efficace. « Le plus grave, c’est ce qu’il y a là-bas », ajoute-t-il, désignant un précipice d’une dizaine de mètres de profondeur, qui s’ouvre juste derrière la dalle de béton délimitant sa place. (...)
La mauvaise qualité de cet équipement public est indéniable, mais ce n’est pas un cas isolé : elle est symptomatique des dysfonctionnements de la politique « d’accueil » des gens du voyage dans le département.
L’Hérault — comme 82 autres départements français — est en infraction avec la loi Besson (2), qui prévoit l’obligation de réserver des terrains aménagés pour l’accueil des gens du voyage dans toutes les communes de plus de 5.000 habitants. Ainsi, en théorie, le nombre et la localisation de ces équipements sont définis (...)
« Cherche la déchetterie »
William Acker est juriste et délégué général de l’Association nationale des gens du voyage citoyens (ANGVC). Dans son livre, « Où sont les gens du voyage » paru en 2021 aux éditions du Commun, il évoque un adage bien connu des « voyageurs » : « Si tu ne trouves pas l’aire d’accueil, cherche la déchetterie. » StreetPress est parti explorer les aires d’accueil de l’Hérault.
Nous avons analysé les nuisances environnementales auxquelles les gens du voyage sont exposés, avec l’appui de documents exclusifs et de témoignages d’anciens fonctionnaires.
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« Même si c’est une problématique difficile à aborder dans notre pays en raison de sa tradition universaliste, les faits sont là : ce racisme se voit littéralement du ciel. »