Tandis que fleurissent les appels à la participation pour les élections municipales, comment renouveler « vraiment » la démocratie locale ? Pour éclairer ces débats, Reporterre a choisi un podcast et trois ouvrages.
(...) Qu’elles soient village ou métropole, les 37 469 communes de France restent perçues comme l’échelon le plus favorable pour instaurer une transition écologique et démocratique. (...)
Mais qu’entend-on par démocratie locale ? Du communalisme à la simple participation, en passant par l’intelligence collective, les pratiques mises en œuvre localement n’ont bien souvent rien à voir entre elles… et ne permettent pas toujours de revigorer la vie de la cité.
Pour le penseur étasunien Murray Bookchin (1921-2006), fondateur de l’écologie sociale, c’est en développant une écologie des relations (coopération et curiosité pour l’altérité, contre compétition, exploitation et chosification) que la commune pourrait devenir le lieu à partir duquel transformer radicalement l’organisation hiérarchique et esclavagiste des sociétés capitalistes. Ce qu’il appellera le « communalisme ».
« L’État n’aurait plus qu’un rôle administratif » (...)
De la trajectoire de Bookchin à l’imaginaire de la Commune, des raisons de son « échec » en 1871 à son retour en grâce après la chute du mur de Berlin, cette passionnante émission éclaire comment l’autonomisation des communes pourrait favoriser un renversement complet des relations de pouvoir actuelles, au profit des humains et de la nature. Une belle illustration des liens intrinsèques entre écologie sociale et démocratie locale. (...)
Sans avoir l’ambition du mouvement municipaliste, nombre de citoyens s’organisent pour irriguer la démocratie locale, à coup d’intelligence collective. « Coopération » : c’est peut-être le mot qui permet le mieux de comprendre la démarche du Mouvement de la frugalité heureuse et créative, un rassemblement d’architectes, d’urbanistes, de paysagers, d’ingénieurs, etc., très investis dans la transition écologique et sociale depuis 2018, date de parution du Manifeste. (...)
Démocratie participative et dépolitisation
Parallèlement, les initiatives se multiplient pour encourager le débat « participatif ». À l’occasion des élections municipales, le Collectif Transition citoyenne notamment a lancé mairie-me.org, une plateforme où il propose à chacun et chacune de « partager ses priorités » sur la mobilité, le soutien aux associations, l’alimentation, etc., ou de rejoindre « un collectif apartisan dans sa commune pour (…) faire pression sur les futur·es élu·es ». Quels que soient les effets bénéfiques qu’on lui souhaite de produire, ce type de « participation » peut-il encore apporter un changement de fond ?
Non, répondent sans détour Manon Loisel et Nicolas Rio, ex-consultants en coopérations territoriales, dans Pour en finir avec la démocratie participative, un livre qui fait le constat d’une dépolitisation préoccupante de la participation. (...)
Pour en finir avec la démocratie participative, de Manon Loisel et Nicolas Rio, éditions Textuel, 2024, 188 pages, 18,90 euros
Une autre commune est possible, soutiennent les six auteurs et autrices de ce livre collectif paru en début d’année, sous la direction du responsable de la chaire Territoires de l’économie sociale et solidaire de Sciences Po Bordeaux, Timothée Duverger. Mais à la condition de changer la culture politique dominante. (...)
déconstruire « la “figure du maire” et la domination sans partage des majorités politiques, afin de sortir l’organisation des conseils municipaux de leur présidentialisme autoritaire calqué sur la Ve République ».
Le tout pour favoriser la voie d’une « coopération » citoyenne, un peu sur le modèle des Territoires zéro chômeur de longue durée, où élus et personnes privées d’emploi collaborent pour créer des activités utiles au territoire de vie. (...)