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RFI
États-Unis : au-delà de l’IVG, les droits des femmes fragilisés par petites touches
#USA #femmes
Article mis en ligne le 30 mai 2026

Depuis l’annulation de l’historique arrêt Roe v. Wade en 2022, l’IVG reste le front le plus visible de l’offensive contre les droits des femmes aux États-Unis. Mais la bataille se poursuit aussi de façon plus diffuse : accès aux soins reproductifs, contraception, vote, modèle familial… Autant de terrains où l’autonomie des femmes s’érode peu à peu.

Les défenseurs du droit à l’avortement aux États-Unis ont obtenu un sursis, mi-mai. La Cour suprême a maintenu, pour l’instant, l’accès à la mifépristone par téléconsultation et par courrier, empêchant provisoirement une nouvelle dégradation de l’accès à l’IVG. Dans les nombreux États où l’avortement est interdit ou très restreint, cette pilule abortive et la télémédecine sont devenues essentielles pour maintenir une forme d’accès à l’avortement. C’est précisément ce contournement qui enrage les opposants à l’IVG et auquel ils cherchent à mettre fin.

Ce grignotage de l’accès ne date pas de l’arrêt Dobbs du 24 juin 2022 qui statue que la Constitution ne confère pas de droit à l’avortement : dès les années 1970, les restrictions de financement avaient déjà rendu l’IVG plus difficile pour les femmes les plus pauvres. Mais depuis la décision de 2022, qui a annulé le droit fédéral à l’avortement, cette bataille a changé d’échelle. Aux États-Unis, elle ne se joue plus seulement dans les textes de loi, mais dans les formulaires, les remboursements, les kilomètres à parcourir, les cliniques qui ferment et les médicaments qui arrivent – ou pas – par la poste.

Elle touche aussi, de plus en plus, à la surveillance des grossesses elles-mêmes. (...)

L’avortement reste ainsi le front le plus visible d’une offensive plus large contre l’autonomie des femmes, qui touche aussi toute l’infrastructure des soins reproductifs.

Contraception, Medicaid, Title X : l’accès aux soins fragilisé (...)

Des mesures qui s’inscrivent dans un projet idéologique formalisé par la droite ultraconservatrice américaine, comme le montre le Guttmacher Institute. Dans un document de janvier 2026, le centre de recherche a documenté comment plusieurs décisions de l’administration Trump reprenaient des objectifs formulés dans le Project 2025, le programme élaboré par la Heritage Foundation, souvent présenté comme la feuille de route non officielle du second mandat Trump. « L’administration suit clairement les orientations de ce document politique », estime Amy Friedrich-Karnik.

À l’approche des élections de mi-mandat en novembre, cette dimension réglementaire est centrale. (...)

Le SAVE America Act, une menace pour le vote des femmes (...)

Cette logique de grignotage se retrouve sur un terrain très éloigné : le droit de vote. Dans un texte publié dans le média Politis, Judith Ezekiel alerte : « La campagne antiféministe s’élargit au suffrage féminin. » (...)

Le texte prévoit d’exiger une preuve documentaire de citoyenneté pour s’inscrire sur les listes électorales. Ses partisans invoquent la sécurité du vote. Ses opposants estiment que ces règles créent surtout des obstacles administratifs pour des électeurs légitimes.

Les femmes mariées ayant changé de nom pourraient être particulièrement concernées : (...)

« Il faut vraiment vouloir voter pour accepter de franchir toutes ces étapes pour prouver son identité », estime Judith Ezekiel.

La League of Women Voters rappelle que les non-citoyens ne peuvent déjà pas voter aux élections fédérales. Pour l’heure, le texte est bloqué au Sénat, mais le Brennan Center pointe que des États, comme récemment la Floride, le Dakota du Sud ou l’Utah, ont déjà adopté des lois s’en inspirant.

Le SAVE America Act n’est pas une loi explicitement dirigée contre les femmes. Mais, dans un pays où les femmes votent davantage pour les démocrates que les hommes, Judith Ezekiel estime que toute réduction de leur participation électorale aurait un effet politique.

La famille traditionnelle comme horizon politique (...)

Le projet ne passe pas seulement par des interdictions. Il passe aussi par des incitations fiscales ciblées : encourager les mariages plus précoces, les familles nombreuses et la garde des jeunes enfants à domicile, au sein de couples mariés.

Pour Judith Ezekiel, ce discours réhabilite « un patriarcat dans son sens propre ». C’est aussi dans cette logique que l’historienne replace les attaques contre le divorce sans faute, qui reste légal dans les 50 États mais redevient une cible dans certains milieux conservateurs. Revenir sur ce droit rendrait la sortie du mariage plus longue, plus coûteuse et plus dépendante d’un juge. Pour elle, c’est « aussi une manière de contrôler les femmes ».

Les droits ne disparaissent pas toujours d’un bloc, on le voit, ils s’érodent. (...)