L’ONG Sea-Watch affirme que l’équipage de son navire humanitaire le Sea Watch 5 a été pris pour cible, lundi, par des gardes-côtes libyens qui auraient ouvert le feu en direction du bateau à plusieurs reprises. Les attaques de ce type se multiplient en Méditerranée centrale.
(...) L’ONG Sea-Watch affirme que l’équipage de son navire humanitaire le Sea Watch 5 a été pris pour cible, lundi, par des gardes-côtes libyens qui auraient ouvert le feu en direction du bateau à plusieurs reprises. Le navire venait de secourir 90 migrants en mer. Les attaques de ce type se multiplient en Méditerranée centrale. (...)
Selon Sea-Watch, le navire été pris pour cible vers 11 heures du matin. Un premier tir a eu lieu, suivi d’une dizaine d’autres, tous effectués sans sommations. "Par radio, la milice a ordonné au Sea Watch 5 de mettre le cap sur la Libye. Lorsque l’équipage a refusé, les assaillants ont menacé d’aborder le navire", détaille l’ONG qui dit avoir réagi en envoyant un message de détresse et en informant les autorités italiennes et allemandes de la situation.
L’équipage affirme avoir ensuite été poursuivi par plusieurs bateaux libyens, dont l’un a été identifié comme étant "un patrouilleur de classe Corrubia, un type de navire précédemment fourni aux autorités libyennes par l’Italie". (...)
"Un monstre violent"
"L’Union européenne a contribué à créer un monstre violent sous la forme de ce qu’on appelle les gardes-côtes libyens, qu’elle est désormais soit incapable, soit peu disposée à contrôler. Depuis 2016, nous avons recensé plus de 75 cas d’actes de violence extrême commis par des milices libyennes en Méditerranée", a déclaré l’ONG.
Sea-Watch déplore que Rome ne soit pas intervenue et ait attribué au navire un port sûr très éloigné malgré l’attaque. Mardi, le Sea Watch 5 faisait donc route vers lBrindisi, dans le sud de l’Italie, et a secouru quelque 65 personnes en chemin.
"Nous avons eu peur pour la vie des membres de l’équipage. Quant aux exilés, ces personnes venaient d’un pays où elles étaient confrontées à l’esclavage, aux mauvais traitements et à toutes sortes de violences. Pour elles, être prises pour cible par les mêmes personnes que celles qui avaient commis ces exactions a dû être terrifiant", a indiqué Sea-Watch à InfoMigrants.
Hausse des incidents en Méditerranée (...)
Accord UE-Italie
Contactée par InfoMigrants à ce sujet il y a quelques mois, la Commission européenne rappelle, elle, que ces actes de violences sont "inacceptables". "Toutes les parties à une opération de recherche et de sauvetage doivent respecter pleinement le droit international et le droit maritime international [...] Nous nous efforçons d’améliorer la situation sur le terrain et il est donc nécessaire de continuer à collaborer, aux côtés de nos partenaires internationaux, et avec toutes les autorités libyennes concernées. C’est pourquoi l’UE [...] engage le dialogue et dispense des formations [aux Libyens] afin d’améliorer les procédures opérationnelles [en mer]".
Dans le cadre de l’accord UE-Italie de 2017, Rome finance et forme les gardes-côtes libyens afin d’intercepter les migrants en mer. Tripoli est autorisé à prendre en charge la coordination des sauvetages en Méditerranée centrale (cela incombait auparavant à Rome ou à La Valette, à Malte).
Depuis le début de l’année 2026, plus de 6 000 exilés ont ainsi été arrêtés en Méditerranée et renvoyés en Libye, selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM). Au cours de l’année 2025, ils étaient plus de 27 000 à connaître le même sort.
crédit image : Wolfgang Fricke, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons