Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Solidarites
Solidarité avec Mayotte !
#Mayotte #cyclone #inegalites #solidariates
Article mis en ligne le 5 mars 2025
dernière modification le 3 mars 2025

Une délégation de l’Union syndicale Solidaires, composée de camarades de SUD éducation, de SUD santé sociaux, de SUD PTT, de camarades du Secrétariat national de Solidaires, dont une de ses co-déléguées, se rendra à partir du 25 février à Mayotte, puis à la Réunion.

Malgré les promesses gouvernementales, Mayotte, 2 mois après le passage du cyclone Chido, est toujours dans une situation de grande détresse et de précarité.

Notre délégation rencontrera de militant·es, des travailleurs·euses de nos différents secteurs d’activité afin de mesurer les besoins concrets (immédiats et à venir) pour elles et eux mais aussi plus largement pour l’ensemble de la population et de pouvoir apporter son soutien moral et matériel.

Il s’agira également dans la mesure du possible de rencontrer des associations, syndicats, voire des élu·es pour échanger sur les actions à mener et la possibilité de reconstruire Mayotte dans les meilleures conditions.

Une délégation de Solidaires finances publiques a déjà pu s’y rendre début février et y faire les constats d’immenses difficultés pour la population à pouvoir s’approvisionner en eau, en nourriture et pour se déplacer. Malgré la volonté des agentes et agents des finances publiques de faire vivre le service public pour l’ensemble de la population, force est de constater que les difficultés sont immenses.

Au-delà de la cagnotte Mayotte, dont Solidaires a reversé les fonds égalitairement entre les syndiqué-es de ses organisations membres présentes sur place pour une distribution au plus près des besoins, il est temps d’apporter encore plus de soutien aux camarades, et de faire en sorte que la situation catastrophique de la population à Mayotte ne soit pas oubliée ! (...)

Le département de Mayotte est le département le plus jeune, le plus pauvre, le plus inégalitaire de France, les habitant·es n’ont pas accès à un même service public d’éducation, de santé et ont subi des épisodes de sécheresse leur coupant l’accès à l’eau…

Il n’est pas acceptable que ce gouvernement se contente d’une attitude paternaliste, tout droit issue de son histoire coloniale, sans se donner les réels moyens de la reconstruction et d’assurer les besoins élémentaires de la population, victime de la crise écologique et sociale, conséquence de la gestion désastreuse du territoire.

Notre déplacement permettra de remettre en lumière les revendications des camarades et les mesures urgentes et nécessaires à prendre.

Lire aussi :

 (Club de Mediapart)
Mayotte. Île des exceptions et des chimères

(...) Six semaines après le passage de Chido qui a causé une crise humanitaire d’une rare gravité, dont les pouvoirs publics ont refusé de prendre la mesure, davantage préoccupés par des raisons fantasmées de lutte contre l’immigration, aucun secours digne de ce nom n’a été apporté aux populations sinistrées. Pire, des communautés restent stigmatisées et désignées à la vindicte de soi-disant collectifs des intérêts de Mayotte. Aussi les populations les plus pauvres sont-elles totalement délaissées.
L’inhospitalité sans cesse recommencée.

A l’heure où les Français de l’Hexagone ont exprimé leur empathie envers les habitants sinistrés, où l’Europe s’est mobilisée pour se porter à leur secours, avec de nombreuses instances internationales et quelques ONG, des activistes xénophobes s’enlisent dans des brutalités sans fin contre les personnes réfugiées venues de l’Afrique des Grands Lacs et de Somalie. (...)

Ces activistes que la population nomme désormais les « mamas wuambushu » n’ont pas hésité à pénétrer dans l’enceinte du lycée Younoussa Bamana au centre de Mamoudzou, ont chassé femmes et enfants des salles qu’ils occupaient, saisi vêtements, nattes, affaires personnelles et ont jeté toute cette misère à la poubelle[2]. Certaines ont tout perdu. Pour la énième fois.

Comme d’habitude, cette brutalité n’éveille aucune commisération. Ainsi ronronne sans fin la routine mahoraise. Dans quelle déréliction morale ces femmes ont-elles sombré, convaincues de la justesse de leur combat contre les plus fragiles

en raison d’un droit d’autochtonie improbable ? Tout le monde s’enfonce dans « la banalité du mal » sous le regard passif des forces de l’ordre qui laissent faire dans un premier temps avant de faire mine de calmer le « jeu » ; assurément encouragé par l’obsession anti-migratoire sans cesse ressassée par les autorités de l’Etat et les élus locaux. Se débarrasser des surnuméraires réglerait automatiquement selon leurs présupposés simplistes la question de la pauvreté, de la saturation des services publics, de la reconstruction de l’ile. (...)

Sans ressentir le moindre sentiment de démesure, trois ministres, celui de l’intérieur, celui des outre-mer et celui de l’armée, proposent dans une tribune publiée par le Figaro, de passer de 25 000 à 35 000 expulsions annuelles dès cette année[3].

A part accélérer la politique mortifère conduite depuis des décennies dans une surenchère qui dissimule leur impuissance, les gouvernements qui se succèdent à Mayotte et les élus locaux ravis de leurs caresses, ne manifestent aucune volonté de régler un tant soit peu le problème de la pauvreté du département d’outre-mer.

Car la pauvreté de Mayotte a d’autres causes que la présence d’une population étrangère dont il faut tout de même rappeler qu’elle appartient à l’ensemble des populations historiques de l’archipel des Comores dont Mayotte a été séparé il y a tout juste un demi-siècle. Depuis que la France a posé sa souveraineté sur l’ile, les Mahorais sont confrontés à un dilemme insoluble qui les forcent à renier l’identité comorienne qui les constitue en faveur d’une allégeance à une identité française dont ils méconnaissent les enjeux. Cette allégeance contre nature cependant les entraîne à rejeter la présence de voisins qui réveille une préhistoire refoulée et aussi celle des réfugiés africains dans un déni géographique et ethnique des origines.

Mayotte n’est pas (encore) la France

Pourtant tout atteste que Mayotte n’est pas encore la France. Cette réalité, seules les personnes étrangères la ressentent dans leur chair. L’ensemble des lois et règlements les mettent à l’écart de la communauté. (...)

Elles savent qu’à Mayotte elles vivent encore aux Comores. Elles ressentent d’emblée qu’elles sont recluses à l’intérieur d’une manière de no-mans-land. Ce lieu d’une géographie grise ne figure rien d’autre qu’une zone de non-droit, non parce que ses habitants se déclareraient hors la loi dans un défi à la République, mais au contraire parce que les législateurs tentent de les exclure de la République.

Mais les Mahorais se trompent s’ils croient être mieux traités que leurs voisins qu’ils acceptent de combattre comme des intrus. Toutes les populations subissent une maltraitance administrative.

Depuis la séparation des iles voisines de l’archipel des Comores, l’administration de Mayotte par l’Etat français consiste à déroger au droit, aux règlementations, à détricoter progressivement toutes les protections imprudemment consenties, dont la plus récente et la plus insistante vise à supprimer purement et simplement le droit du sol tel qu’il est appliqué en métropole. (...)

Le refoulé refait toujours surface

Le projet de loi « urgence Mayotte » a été adopté le mercredi 22 janvier à l’assemblée nationale, à la quasi-unanimité de 446 voix contre 2[4]. Pour ne pas échapper à l’inclination naturelle des projets de lois et réglementations régissant la vie à Mayotte, ce projet se borne à lister des séries de dérogations visant à accélérer la reconstruction de l’île dévastée[5]. (...)

Ces dispositions visent à compliquer le remontage des bangas plutôt qu’à l’empêcher. En l’absence d’habitat légal alternatif, les habitants des quartiers pauvres constitués principalement d’habitations en tôle, continueront de se contenter de leur propre force, d’occuper un bout de terrain disponible où monter leur logement en marge de l’Etat, et pour acquérir les tôles indispensables de s’adresser à des Mahorais solidaires, ou à d’autres cupides qui profiteront de l’aubaine pour vendre la tôle à profit. De toute façon, une pénurie de tôles complète ces tracas administratifs, et force les habitants à remonter provisoirement des cases plus petites et peu étanches.

Ces deux précisions excluent du champ de la loi les 40% de la population qui vivent dans les bidonvilles. Sans surprise, puisque ces gens sont déjà exclus de la solidarité nationale et que les secours ne les atteignent pas. En fait l’Etat ne les considère que pour les nier, les harceler, au mieux les tolérer toujours comme des indésirables et des surnuméraires à dissimuler et expulser. (...)

Les vieux démons ne veulent pas mourir.

La question de l’immigration clandestine, dont Manuel Valls affirme qu’elle est « un fléau qui nécrose Mayotte[12] », est juste esquissée comme un bruit de fond persistant dans le projet de loi ; elle fera l’objet d’une loi ultérieure qui ne rend pas optimiste sur la capacité de nos gouvernants à s’affranchir des vieilles obsessions qui taraudent les esprits mahorais. Pourtant ces obsessions, par les politiques qu’elles entrainent, sont les uniques responsables de la dégradation économique, sociale et morale régnant à Mayotte. Toutes ces gouvernances s’appuient sur des droits dérogatoires : droit social dérogatoire, droit des étrangers dérogatoire, droit administratif dérogatoire. Ainsi la moitié de la population, parce qu’elle serait ressortissante des iles voisines, ou parce que ses parents seraient nés à l’étranger puisque le droit du sol aujourd’hui déjà ne protège plus, est d’ores et déjà mise hors la loi ; exclue du droit au logement à travers la loi Elan qui permet de détruire sa maison ; exclue des prestations sociales ; exclue de la communauté nationale tout simplement.

Mais ces dérogations légales[13] ne concernent pas seulement les étrangers et les indésirables, que nos spécialistes de la haine nomment désormais des « Français de papier », elles affectent également les Mahorais français. Tout est servi au rabais à Mayotte, sauf le traitement des fonctionnaires, supérieur de 40% à celui servi aux fonctionnaires métropolitains. (...)