A l’approche des municipales, les déclarations sur l’explosion de l’insécurité dans des villes tenues par les écologistes s’enchaînent. Un argument utilisé par la droite et l’extrême droite, mais aussi par certains médias, qui se révèle bien souvent… faux.
Alors, qu’est-ce que l’insécurité ? Quels indicateurs sont mobilisés pour la calculer ? Y a-t-il un “laisser faire de la gauche”, autrement dit, y a-t-il une augmentation de la délinquance dans les municipalités écologistes ?
Pourquoi un tel sujet ?
Les procédés employés par les personnalités politiques et certains médias sont toujours les mêmes :
- des déclarations outrageuses sans fondement scientifique,
- des reprises d’études à la méthodologie douteuse,
- des éditos ou des reportages sur des faits divers transformés en faits de société,
- un flou entretenu entre le sentiment d’insécurité et l’insécurité réelle.
L’insécurité, qu’est-ce que c’est ? (...)
Pour le sociologue Gérard Mauger, les médias contribuent depuis un petit moment à faire de l’insécurité un « problème de société » en “imposant son existence et son importance” : “S’appuyant sur les statistiques, les faits divers, les reportages, les témoignages, les médias ont le pouvoir de consolider l’existence d’un fait social en lui attribuant un label et un « visage » : les « apaches » de la Belle Époque, les « blousons noirs » de la fin des années 1950, les « loubards » de la fin des années 1970, les « jeunes des cités » et leurs « violences urbaines » régulièrement « à la une » de l’actualité depuis le début des années 1980.” (...)
Les médias ont aussi le pouvoir, selon le sociologue, d’imposer des interprétations et des coupables : “la « crise d’adolescence », la « démission des familles », la « perte des repères ».
Ils ont également tendance à “focaliser l’attention sur telle ou telle variable les « cités-ghettos » par exemple ou l’origine immigrée des agresseurs.” Ce traitement médiatique se retrouve aujourd’hui sur les chaînes du groupe Bolloré, mais également sur l’ensemble des chaînes d’informations et parfois même sur le service public.
Dans les faits, les insécurités sont multiples et bien plus complexes (...)
Une étude du CREDOC a montré que l’instabilité professionnelle – et le chômage en particulier – contribue à fragiliser les liens sociaux et s’accompagne d’un plus fort sentiment d’insécurité. (...)
Comment la délinquance est-elle calculée ?
La délinquance regroupe une somme d’indicateurs calculée par le Ministère de l’Intérieur au niveau national, basée sur les enregistrements de la police municipale et de la gendarmerie. (...)
Alors, la société est-elle plus violente qu’avant ? La réponse est complexe puisqu’il faut s’entendre sur ce qu’est la violence, mais de manière générale, elle recule en France depuis des décennies, en particulier les homicides. Depuis le début des années 2010, ce sont 800 à 900 personnes qui meurent d’homicide par an. Dans les années 1960, c’était quatre fois plus. Les vols avec armes et sans violence ont eux aussi largement baissé sur le temps long. (...)
Plus de la moitié des victimes ont subi ces violences dans la sphère familiale (conjugale ou non, 54 %)”. Or, lorsqu’on parle de l’augmentation de la violence, l’imaginaire collectif (les médias aidant) se focalise sur l’agression dans la rue, l’espace public en général, qui serait plus dangereux, alors que, statistiquement, elle est plus élevée au sein de la sphère privée.
Les chiffres montrent que les violences sexuelles, les escroqueries aux moyens de paiements, ainsi que l’usage de stupéfiants augmentent fortement depuis le COVID. L’augmentation des violences sexuelles et des violences physiques intrafamiliales peut aussi s’expliquer par une augmentation du nombre de victimes qui déclarent les faits et par un meilleur accueil des victimes (mais seul(e)s 6% des victimes portent plainte).
Concernant “la part des étrangers dans la délinquance“
Enfin, une statistique qui est souvent évoquée par les médias mainstream : la part des étrangers dans la délinquance. Qu’en est-il ? Les immigrés sont surtout surreprésentés dans des délits visibles, “les plus simples et donc les plus réprimées par la police et la justice” selon l’Institut convergences migrations. En travaillant sur les peines encourues par les prévenus nés à l’étranger, les deux sociologues Virginie Gautron et Jean-Noël Rétière en ont déduit qu’ils sont plus souvent jugés pour des vols simples, des légères atteintes aux biens et pour des infractions liées à leur situation irrégulière. Ils sont par ailleurs peu représentés dans des infractions à caractère sexuel, violences et autres atteintes aux personnes, vols aggravés. Pour les deux chercheurs(euses), cela démontre qu’il s’agit surtout d’une petite délinquance liée à leur condition de (sur)vie. On est loin de l’image des OQTF brandit à chaque fait divers dans les médias.
Il n’empêche qu’ils sont plus sévèrement condamnés : les personnes nées à l’étranger subissent une comparution immédiate dans 5,7 % des cas, contre 2,9 % pour une personne née en France, ils ont cinq fois plus de chance d’être placés en détention provisoire et sont huit fois plus condamnés à de la prison ferme. Pas étonnant que les personnes immigrées soient surreprésentées dans les prisons.
Quelle délinquance dans les villes écologistes ? (...)
Y a-t-il une explosion de l’insécurité dans les villes écologistes ?