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« Inattaquable et respectable »
#democratie
Article mis en ligne le 13 janvier 2023
dernière modification le 12 janvier 2023

« Un représentant de l’État doit être inattaquable et respectable » : Gérald Darmanin a ainsi justifié le limogeage de la préfète Marie Lajus. Toute honte bue.

Car Géraldarmanin (1), ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, n’aime pas que l’on suggère qu’il y aurait un lien de cause à effet entre l’effronterie de Marie Lajus et son limogeage. Selon Géraldarmanin, ce n’est pas du tout parce qu’elle refusait de distribuer des passe-droits que cette indocile préfète a été limogée, mais parce qu’« un représentant de l’État doit être inattaquable et respectable », a-t-il asséné – avant d’ajouter, en esquissant, suppose-t-on, l’un de ces petits roulis d’épaules par quoi les vrais chefs signalent au monde qu’ils ont des glandes génitales grosses comme des pastèques : « Lorsque ce n’est pas le cas, je prends mes responsabilités en tant que chef de l’administration. »

(...) Ces propos quelque peu lapidaires suggèrent, on l’aura compris, que Marie Lajus n’était, dans ses fonctions préfectorales, ni inattaquable ni respectable – et que c’est pour ça que Géraldarmanin l’a lourdée. Et c’est vrai que, dans la mesure où le ministre de l’Intérieur n’a pas cru devoir se montrer plus précis – pour dire par exemple de quelle manière la préfète aurait si fort démérité –, ses accusations pourraient presque ressembler d’assez près à une diffamation.

Mais la vérité est que M. Darmanin a raison, et qu’effectivement, déclamons-le : « Un représentant de l’État doit être inattaquable et respectable. » (...)

Or – heureuse nouvelle – tel est bien le cas chez nous. Car ce n’est pas chez nous, n’est-ce pas, qu’on verrait le chef de l’État maintenir dans ses fonctions un ministre visé par une plainte pour viol, après lui avoir parlé « d’homme à homme ».

Ce n’est pas chez nous, n’est-ce pas, qu’on verrait le chef de l’État maintenir dans ses fonctions un ministre qui aurait posément glosé, dans un livre paru en 2021, sur « les difficultés liées à la présence de dizaines de milliers de Juifs en France » à l’époque napoléonienne. (...)

Au lieu de cela, nous avons, chez nous (sans bien mesurer, je le crains, la chance qui nous est ainsi garantie par le chef de cet État dont les représentant·es doivent donc être irréprochables), en guise d’arbitre des élégances, l’inattaquable et respectable M. Darmanin.