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Marie-Claude Saliceti
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Exporter du blé pour importer des pâtes : la réalité derrière la balance commerciale agricole de la France
#alimentation #souveraineteAlimentaire #exportations #importations #agroIndustrie
Article mis en ligne le 11 mars 2026
dernière modification le 5 mars 2026

La France va-t-elle bientôt importer plus de produits agroalimentaires qu’elle n’en exporte ? C’est la crainte du gouvernement, qui mise exclusivement sur la compétitivité des fermes, au détriment de la souveraineté alimentaire.

Une balance commerciale agricole et agroalimentaire négative. C’était la crainte de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, pour l’année 2025. Concrètement, un solde négatif signifie que la France importe davantage de produits agricoles qu’elle n’en exporte. Ce n’est plus arrivé depuis 1978. Depuis des décennies, la France se targue d’être une puissance agricole exportatrice dont la vocation serait de « nourrir le monde », même si cela fragilise les systèmes productifs locaux de pays tiers. (...)

La grande distribution s’approvisionne hors de France

Ces derniers mois, la hausse des prix de produits importés – tels que le cacao et le café – s’est conjuguée à la baisse des exportations de vins et spiritueux français, freinées par les droits de douane imposés par les États-Unis et par la Chine. (...)

Mais, comme le relève le bureau d’études Basic, « le déclin de la balance commerciale agroalimentaire française s’observe depuis au moins une décennie ». La dégradation du solde de la balance commerciale s’est accentuée ces trois dernières années, (...)

En cause, une baisse des volumes de boissons, de viandes et de produits laitiers produits en France. (...)

« les entreprises françaises ont misé leur développement sur des produits transformés standardisés qui génèrent des marges relativement faibles et elles comptent sur les volumes pour créer de la valeur ».

Or, l’industrie agroalimentaire importe en masse pour concevoir ces produits standardisés. Près de la moitié des produits laitiers (hors lait) utilisés dans l’industrie agroalimentaire en 2019 sont ainsi issus d’importations, révèle une étude du Basic de 2023. 50 % seulement du poulet utilisé par l’industrie agroalimentaire est d’origine française, l’autre moitié étant importée, selon les données de l’interprofession de la volaille en 2023.

Les distributeurs ont aussi leur part de responsabilité. « Dans sa quête de prix plus bas, la grande distribution mise sur la concurrence internationale et s’approvisionne hors de France, déplore le Basic. (...)

Précisons d’abord que la « souveraineté alimentaire » telle qu’elle est défendue par le gouvernement est aux antipodes de la définition d’origine du terme. (...)

Qu’en est-il des étals en France ? Le rapport de Terre de liens publié en 2025, « Souveraineté alimentaire : un scandale made in France », compile des données éclairantes. Actuellement, un tiers des fruits adaptés à la zone climatique tempérée (pommes, poires, abricots, pêches...) sont importés. Ce ratio monte à 50 % si on intègre les agrumes et fruits tropicaux. Plus d’un tiers des tomates fraîches et transformées que nous consommons est importé du sud de l’Europe et du Maroc. Même constat pour les légumes : un tiers de ce qui est consommé n’est pas produit en France. (...)

Les pâtes illustrent l’absurdité de la situation (...)

le blé produit en France sur deux tiers de ces surfaces est exporté pour être transformé à l’étranger, puis importé sous forme d’aliments transformés. Résultat : la France importe trois quarts des pâtes et semoules qui nourrissent sa population.

Par ailleurs, si la France est bien exportatrice nette de céréales, leur production est largement dépendante d’engrais et de pesticides de synthèse importés. De même, les exportations de produits animaux (produits laitiers et viande) dépendent des importations massives de protéines végétales, soja en tête. (...)

Compétitivité contre alimentation locale de qualité (...)

le gouvernement maintient une politique agricole centrée sur la compétitivité et l’agrandissement des fermes. Les déclarations d’Annie Genevard le 24 février, au Salon de l’agriculture, le confirment. (...)

Or, la concentration est déjà à l’œuvre depuis des dizaines d’années avec la disparition de 100 000 fermes en dix ans en France, sans gain décisif de compétitivité. Par ailleurs, cet agrandissement ne fait que compliquer la transmission des fermes qui deviennent souvent inaccessibles d’un point de vue financier. (...)

L’État a, en effet, opéré des coupes drastiques dans le financement des projets alimentaires territoriaux existants. Des équipes municipales comme à L’Houmeau, en Charente-Maritime, ou des collectifs citoyens comme à Cadenet, dans le Vaucluse, parviennent malgré tout à impulser des projets au service d’une alimentation locale de qualité.